10 - Vers le côté obscur...

César reste donc quelques instants assis sur la poutre et, la caressant presque du bouts des doigts commence a me raconter son étrange histoire...
-"Le sergent Vestavello était un gai soldat, toujours joyeux. Nous avions établi un campement dans une région qui ne te dirais pas grand-chose. .. moi, j’étais plutôt dans l’intendance, et pour tuer le temps, nous organisions un petit trafic de matériel avec les gens du village d’à côté. Du matériel médical, de la nourriture et diverses petites autres chose que nous, nous avions a profusion...
Bien entendu, à un moment donné, notre trafic à été dénoncé et nous nous sommes retrouvés aux arrêts plusieurs jours. Nous étions quatre, en tout. Et comme il n’avait pas été prévu de prison dans le camp, on nous avait simplement cantonnés dans nos chambrée.
Nous étions une sacrée bande de copains et comme nous étions tous des petits fous, le temps de captivité passa très vite.
Un soir, je ne sais plus pourquoi, le sergent Vestavello se mit en tête de soulever la table de la chambrée avec la seule force de ses deux index. Nous rions donc, chacun notre tour, en tentant de soulever cette maudite table. C’était une table en bois très lourde, qui servait à préparer les paquetages d’au moins huit soldats et qui devait donc supporter la charge d’environ trois cents kilos. Ce qui fait que même en trichant, et en s’aidant de ses mains, il était déjà impossible de la déplacer seul. Nous rions donc pendant une demi heure, quand le sergent prit un air des plus sérieux. Il demanda à l’un d’entre nous de s’asseoir sur un des bout de la table et il se positionna bien en face de lui. Évidemment, nous rions de plus belle et à la fin, il réclama fermement le silence absolu.
Il mit sa main gauche à plat, juste au dessus de la tête du camarade assis sur la table, attendit quelques secondes avant de faire de même avec la main droite, puis passa rapidement ses index sous les rebords de la table et la souleva comme une plume.
Nous restâmes tous stupéfait. Il reposa la table lentement et, sans poser de questions, nous nous essayâmes tous, à tour de rôle, à ce petit jeu. Bien entendu, tout le monde y arriva."
César reste un moment silencieux. J'étais impatient que César continue son histoire, pour une fois qu'il me racontait un bout de sa vie.
-"Que s’est il passé, ensuite ?"
-"Oh, pas grand-chose . . . nous avons continué nos petites vies et bien sûr, continué nos bêtises.
Un jour, lors d'une garde, Vestavello m’avait raconté un bout de sa jeunesse. Un événement qui l’avait beaucoup marqué était la perte de ses parents. Ils habitaient une région qui ressemblerait à l’orient. Ses parents étaient commerçants ambulant et faisaient tous les marchés de la région.  Une vie de nomades, en quelques sortes. Cette vie plaisait beaucoup à Vestavello.  Il aimait le monde et il aimait surtout côtoyer les vieux, les anciens qui, dans chaque village, ne manquaient jamais de lui conter des histoires. Ce qu’il aimait un peu moins, c’est qu’il devait s’occuper en permanence de son petit frère, tellement ses parents étaient occupés.
Un jour de marché comme un autre, son nez se met à saigner. Un saignement sans grande importance, peut être dû à la chaleur… ses parents étaient trop occupés et lui ordonnèrent  d’aller se soigner près de la fontaine, plus haut, sur la place du village.  Bien entendu, il devait aussi emmener son petit frère. Ils remontèrent donc tous deux la rue principale, et à l’instant où ils arrivèrent sur la place, une terrible explosion retentit plus bas… un gros nuage noir recouvrit  le marché.
Je  pense maintenant que sa grande jovialité cachait en fait une grande tristesse...
Plusieurs semaine après cette confession, nous étions encore de garde, tous les deux.  Bien entendu, comme nous étions les guignols du camps, les supérieurs nous avaient postés à l’endroit le moins confortable et le plus inutile de la base, c’est-à-dire au beau milieu de la place d’honneur, en plein vent. Nous étions là depuis quelques heures, à attendre la relève, quand Vestavello saigna à nouveau du nez. Nous nous sommes amusés à exagérer l’affaire en hurlant, comme si Vestavello était réellement  blessé jusqu’à ce que le capitaine de garde arrive avec un peloton.  Il nous ordonna d’arrêter ce tapage  et d’aller à l’infirmerie. Bien entendu, dès mon camarade soigné, le capitaine nous promis que nous aurions droit à un tour de garde supplémentaire, ce qui, bêtement, nous amusait presque encore. L’infirmerie se trouvait à l’écart du camp, comme tous les bâtiments médicaux et à peine avions nous franchis le sas d’entrée, qu’un déluge de feu s’abattit plus bas, sur tout ce qui pouvait tenir debout..."
César se relève doucement, avant de continuer.
-"Ce jour là, je pense que Vestavello à compris le formidable pouvoir qu’il avait de pouvoir appréhender le danger, ce qui, dans une vie de militaire, est le don le plus vital..."
Je frémis en repensant à ce que m'a appris César, l'autre jour, sur les manifestations des signes des intuitions physiques et j'avoue que je n'aurais jamais pensé a utiliser cette approche pour s'en servir a des fins peu recommandables...
-"Vous ne l’avez plus revu, n’est ce pas ?"
-"En effet, je ne l’ai plus jamais revu… Et je pense qu’il n’est pas devenu quelqu’un de bien… »
Un frisson me parcours encore: Une personne qui possède ce genre de pouvoir peut se sentir invincible et se permettre toutes les audaces. .. »
César prend soudain la poutre de ses deux mains et la jette avec fracas, un peu plus loin, comme un simple bâton, puis se retourne vers moi .
-"Ne me déçoit pas, Néo! Ce que je t'apprend ne doit te servir que pour ton bien, ou celui des autres..."
Je pense que c’est bien le premier soir qu’il part sans me dire au revoir. . . je pense, pour excuse, que sa gorge  doit être si nouée qu’aucun son ne peut en sortir.



Lévitation simple d'une personne.

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