Comme promis, ce matin, César me
conduit de nouveau à la Mine. Sur le chemin poussiéreux, le soleil
commence déjà a nous éblouir. J'ai remis ma tenue de la veille.
Mon poncho a un trou, presque a l'encolure dans lequel j'arrive a
passer facilement mon index... Nous rions comme des gamins de ce
petit 'défaut'.
César me rassure:
- »Il n'y aura pas de danger,
aujourd'hui ! »
Cependant, il m'a offert un beau
baudrier de cuir sur lequel sont suspendues tout un tas de pochettes
contenant divers accessoires. Je n'ai pas encore eu le temps de tout
découvrir...
Pas d'armes, mais des
gadgets de survie, un transpondeur, une lunette pliable... Je joue un
peu avec cette mini-lunette et m'amuse a viser le clocher de
l'église. Quand j'appuie sur un petit bouton, tout un tas
d'informations défilent sur l'écran...
Ce qui m’impressionne le plus, c'est
que ces trucs ne sont pas de chez nous, la Terre, et je me rend
compte a l'instant que je suis le roi des geeks! Je possède des
gadgets technologiques que personne ne peut avoir ici, sur cette
planète!
Et tandis que je vise au dessus de la
cime des châtaigniers, César m'arrête d'un coup.
-"Bon sang ! Me dit t'il,
ou as-tu les yeux ?"
A mes pieds, une vipère grise et noire
se tortille sur le sable. Un pas de plus et je marchais dessus.
Je me sent soudainement stupide, moi
qui répète sans cesse aux enfant de faire attention où ils mettent
les pieds quand on part se promener...
Penaud, je souffle et range rapidement
la lunette dans son étui. La bestiole, quant a elle, s'en va se
réfugier sous les broussailles, sur le bas côté.
César n'a besoin de rien dire ;
comme un gamin, j'ai compris la leçon... Nous repartons.
Nous arrivons a la Mine. Toujours ces
traces de roue, qui semblent plonger dans le bassin, devant nous. Je
suis encore surpris.
-"Il y a des véhicules, qui
rentrent par ici? "
-"Oui, me répond César. Un tas
de marchands passent par içi..."
-"Ils viennent certainement la
nuit..."
-"Ils passent beaucoup mieux
inaperçu la journée... Ce qui est gros ce voit le moins, tu dois
t'en douter... La nuit, il paraîtrait étrange de des véhicules
circulent sur ces chemins déserts, non?"
-"Oui, en effet..."
César jette un œil aux environs. Tout
est calme.Nous nous enfonçons dans le brouillard, qui nous enveloppe
peu a peu, puis nous nous retrouvons dans la salle, quelques mètres
plus bas. Un léger frisson me parcours en repensant a notre aventure
de la veille, quand je passe a côté des palettes alignées dans le
silence. D'après ce que je vois, tout a été nettoyé et réparé.
-"Il y a moins de marchandises
qu'hier, il me semble..."
-"Oui, un convoi est parti dans
la matinée."
-"C'est bizarre... Qui s'occupe
de la logistique, içi? Il n'y a personne..."
César sort son petit transpondeur,
puis tripote quelques boutons.
Subitement, des bruits de vérins et
autres moteurs électriques semblent résonner au fond de la caverne.
Petit a petit, tout un mécanisme qui paraissait en veille s'allume
et se met en route. Puis, en un instants, une armée de petits robots
surgissent de partout, bruyants et désordonnés comme des enfants
qui envahiraient une cour de récré. Ils vont et viennent en une
sorte de chorégraphie mystérieusement orchestrée. Certains
s'affairent a inspecter et décoder les étiquettes sur les palettes,
tandis que d'autres, plus imposants, s'approchent pour les déplacer.
-"Nous avons quelques unités
R2D2, m'affirme César. Les autres, je ne les connais pas..."
En effet, en quelques secondes, quatre
de ces sympathiques petits robots s'approchent, nous contournent en
roulant sur leur trois sabots comme pour nous saluer, puis repartent
aussitôt a leur tâche... On croirait un centre-ville aux heures de
pointe: Toutes ces machines se croisent rapidement, sans jamais se
toucher.
-"César, qu'y a t'il, dans ces
paquets?"
-"Je ne sais pas... Allons
voir..."
Une unité passe prés de nous. César
l'interpelle.
-"Hé, toi! Qu'y a t'il,
dans cette palette?", dit' t'il, tout en désignant, au
hasard, ce qui ressemblerait a une cuve en inox.
Le robot siffle, s'approche prestement
de la palette, scanne la fiche d'un puissant rayon rouge, puis
s'approche de nouveau devant César. Il lui chante une sorte de
mélodie incompréhensible. César se retourne vers moi.
-"Malaga 1968... 800
hectolitres..."
Je suis stupéfait.
-"Vous voulez dire que du Malaga
part vers Coruscent?"
César se retourne vers le R2D2.
-"Destination?"
Le robot siffle de nouveau.
César se redresse.
-"C17, B48... Ce n'est pas chez
nous.", conclut César.
-"Comment ça, pas chez vous?"
César s’assoit sur une caisse.
-"La République n'est pas le
centre de l'Univers... Il existe des milliers et des milliers de
Mondes, tous différents... Ce port est comme un astroport
international..."
Je reste dubitatif.
-"Quel est votre rôle, ici,
César? Je vous ai entendu dire que vous étiez le 'Gardien de la
Mine'..."
-"En effet, le Conseil des Jedi
m'a envoyé içi, car des choses sont a élucider... Mais ces
affaires ne concernent que la République et donc, tout ce qui
transite entre la Terre et la République me regarde. Mais les
transits entre d'autres Mondes ne me regardent pas... Comprend-tu?"
J'ai un sourire pincé.
- "Jusque là, ça va a peu
près... Et elle partent comment, ces marchandises, vers d'autres
Mondes?"
César saute de la caisse.
-"Je vais te montrer... Ca va te
plaire!"
Il se retourne subitement.
-"C'est quoi, du Malaga?.."
-"Du vin rouge d'Espagne."
-"Ha oui, je m'en doutais un peu..."
A peine avons-nous commencé a remonter
vers les souterrains qu'un rugissement de moteur a explosion vient
grogner derrière nous, suivi d'un crissement de pneu strident. César
porte machinalement sa main vers la ceinture, alors que de gros
phares blancs nous éblouissent. Je reconnais le gros 4x4 de
Banderas, grâce la demi-douzaine d'antennes qui se dressent sur le
capot du véhicule. Le moteur s'arrête et les portières s'ouvrent.
-"Banderas!", dis-je.
-"Han Solo!", reprend
César.
Je secoue la tête. Han Solo?..Je
l'aurais bien reconnu, l'autre jour, quand il a fait son cirque dans
la rue!
Le type descend alertement du véhicule
et le gros berger Bergamasque aussi.
-"Chewbacca! S'exclame encore César,
en voyant arriver le chien vers lui. Je suis heureux de te voir!"
Je pense César devenu fou, mais
pendant trente secondes, le chien lui répond, en une complainte
articulée, dont je ne comprend pas un mot.
Je regarde plus attentivement l'autre
hidalgo qui arrive... C'est vrai qu'avec les cheveux moins plaqués
et plus grisonnant et surtout, une mine moins bronzé, ce type peut
s'apparenter a Han Solo...
Il s'approche de moi et me dit,
toujours de son sourire de travers:
-"Tu veux ma photo, le
touriste!"
En tout cas, je le trouve tout aussi
insolent!
Il siffle un coups entre ses doigt en
direction des robot.
-"Hé! Y'a du boulot par içi!" Il pointe son pouce vers le gros 4x4 surchargé, puis reviens vers
nous.
-"Comment allez-vous, mon vieux César?"
-"Ça va... Nous avons eu de la
visite, hier soir... Chewbacca me disait que vous aussi... »
-"Ouai..., reprend Han. J'ai
beau me faire une tête différente tous les jours, ils arrivent
toujours a me retrouver... Vivement que je quitte cet endroit. Même
Chewy en a marre de se traîner a quatre pattes!"
Chewbacca couine de nouveau.
-"Le seul truc qui me branche,
sur cette planète... (il se retourne vers le gros 4x4, que les
robots s'affairent a décharger) c'est ce truc là!"
César sourit puis reprend:
-"Han, je te présente Néo...
Mais vous devez déjà vous connaître..."
Son sourire de travers ne le quitte
pas. Il me dévisage de haut en bas.
-"En effet! Enchanté!"
-"Tu sais... il a fait fuir Jango
Fett, l'autre soir!", ajoute César d'un œil malicieux.
Pendant un instant, l'autre ne bronche
pas et ne sourit même plus. Je pense que j'ai marqué un point.
Évidement, il se ressaisit et me
retourne, en me montrant du doigt:
-"Hé! Prend pas la grosse tête,
p'tit gars! S'il a filé, c'est par ce qu'il le voulait bien!"
Je souffle discrètement. Mais quel
con, ce type!
César reprend:
-"Nous allons à 'La Porte'...
Vous nous accompagnez?"
J’espère qu'il va refuser; Il va
gâcher mon plaisir.
-"Volontiers!", reprend Han.
Nous enfourchons deux moto-jet. César
prend les commandes d'un des engins et je m'installe derrière,
tandis que Han chevauche la seconde. Chewbacca , lui, saute sur les
sacoches, et laisse retomber ses grosses pattes de devant sur les
épaules de son ami.
Nous empruntons tranquillement les
sombres galeries.
Les moteur ne faisant pas trop de
bruit, je chuchote à César:
-"Comment se fait t'il que
Chewbacca soit dans cet état?"
-"Dans cet état?"
-"Ne devrait t'il pas être une
grande boule de poil sur ses deux pattes?"
César a un sourire pincé.
-"C'est un peu difficile a
t'expliquer, mais quand nous traversons des espaces
multi-dimensionnels, il faut nous attendre a quelques...
déformations... Le genre 'humain' est assez universel, il n'y
a pas trop de problèmes... Mais pour d'autres genres, cela peut se
passer différemment..."
-"Je ne comprend pas...",
lui dis-je.
-"Imagine que tu veuille te
rendre dans un Monde à la consonance aquatique... Et bien, il te
poussera des branchies, par exemple..."
Je pouffe presque de rire et argumente:
-"Chewbacca s’apparenterait
plutôt a un ours, sur notre planète..."
-"Tu as raison... mais un chien
passe, envers tes semblables, beaucoup plus discret... La déformation
tient compte de notre morphologie, mais aussi de notre psychologie...
Elle englobe et convertit un tout en quelque chose d'assez
'normalisé', tu comprends?"
-"Ouai..."
Je comprend surtout que je ne suis pas
encore au bout de mes surprises...
César reprend:
-"Une fois rentré dans le Monde
de la République, Chewbacca reprendra son état 'normal'... »
Han et son drôle de passager
reviennent à notre hauteur. Chewy me regarde de ses yeux tristes.
J'ai envie de rire en voyant ses babines flotter dans le vent. Je
m’abstiens en pensant que peut-être bientôt, il retrouvera ses
deux mètres cinquante de hauteur et a son tour, pourra rire de ma
frêle morphologie...
César remet les gaz. La moto-jet file
de plus en plus vite dans les galeries.
-"Nous serons a la Porte avant eux!"
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