18 - Du rififi dans les galeries!


    Il commence a faire nuit et nous arpentons le chemin qui mène a la Mine. Les lueurs des lampadaires de Paredes disparaissent peu a peu et devant nous, le soleil se couche sur La Serra, inondant le ciel d'une belle lueur rougeâtre. Entre les châtaigniers, des étoiles apparaissent déjà, çà et là, dans le ciel. Nous sommes seuls.
César marche d'un pas rapide et je le suis avec peine... Il faut que je m'habitue aux nouvelles chaussures qu'il m'a donné. Ce sont de confortables bottines munies d'épaisses semelles... Ça doit être la mode, là ou on va... Le poncho aussi, est très confortable ; Il me laisse le confort du mouvement tout en me protégeant de la fraîcheur qui tombe … Je n’aurais jamais pensé porter ce genre de truc...
Après trois ou quatre bifurcation, il me demande de faire le silence. Nous nous arrêtons enfin devant une bâtisse noire. Sombre et austère, je reconnais bien là un des bâtiment de la Mine... Je sais que c'est içi qu'était lavé le minerai et que partout autour, subsistent des trous d'eau aussi profonds que des puis. La légère brise du soir souffle sur les tôles ondulées. Je suis mon guide, qui marche à présent beaucoup plus prudemment. Je vois les étoiles se refléter dans les flaques et la surface de l'eau se déformer sous le vent. César s'arrête encore. Ça devient stressant, car je n'imagine personne fréquenter cette endroit, la nuit, a part nous...
Une chose m'intrigue ; Des empruntes de roue d'engin semblent se perdre dans le bassin qui se trouve juste devant nos pieds. Et a bien y regarder, l'eau semble avoir une consistance bizarre, comme visqueuse, ou gazeuse... Ni le ciel, ni les étoiles ne s'y reflètent...
- "Tu me suis ?", me chuchote César en sortant une torche de sous son poncho.
J’acquiesce, pourtant peu rassuré.
Nous descendons alors lentement dans cette matière qui ne nous oppose aucune résistance. Je ne ressent pas la moindre humidité sur mon pantalon. J'ai presque envie de m’agripper au poncho de mon guide, mais je me retient. Instinctivement, je retiens aussi mon souffle, ce qui fait que je ne sais pas si je dois fermer les yeux... Nous descendons encore dans cet étrange brouillard noir jusqu'à ce que nos têtes disparaissent.
A vu de nez, je pense avoir parcouru trois ou quatre mètres quand j'ose ouvrir un œil et respirer légèrement... Plus bas, je discerne une vive lueur blanche. Peu a peu, je vois réapparaître les pieds de César, qui me précède toujours, puis enfin, les contours d'une grande salle illuminée.
Cette salle souterraine est immense. On dirait un hall d'embarcation de marchandise, ou un gigantesque quai de triage creusé dans une caverne...Des palettes métalliques, chargées de sacs et de caisses sont alignées çà et là.
César s'arrête et me fait signe aussitôt de ne pas bouger. Soudain, un éclair rouge déchire l'air et s'en vient éventrer un sac, juste a côté de moi. César me précipite a terre et me traîne a l’abri, derrière une palette.
- "Ma parole !Mais on nous tire dessus !"
Il me fait signe de regarder plus haut.
Sur une passerelle, je pense y reconnaître le gaucho vêtu de noir, de Guadix. Il possède un fusil d'une longueur incroyable et tente de nous remettre de nouveau en joue. César se redresse soudain et tandis que j’entends crépiter violemment son sabre, il le lance avec une adresse surprenante. Le flux de laser tranche la passerelle en deux, juste devant le gaucho, qui se sent soudainement déséquilibré. Il semble hésiter entre garder l'équilibre ou garder son arme, et chute finalement d'une dizaine de mètres du haut de son perchoir. Son corps ricoche plusieurs fois sur les piles de palettes avant de rouler au sol.
Je me relève doucement et je vois avec stupeur que le type se relève aussi puis s'enfuie derrière d'autres conteneurs. Je n'en reviens pas ! Je serais en milles morceaux, a sa place !
Il se met a hurler des mots incompréhensibles. Je me rend compte que nous ne sommes pas seuls...
J’entends comme des moteurs démarrer.
- "Viens, Néo !", s'écrie César, en me relevant.
Nous contournons les piles de palettes pour arriver devant plusieurs bouches sombres creusées dans la caverne. César a déjà enfourché une moto-jet qu'il démarre en trombe.
- "Monte !"
Je saute sur la selle et m'agrippe a ses épaules.L'engin démarre à la vitesse de l'éclair et s'enfonce comme une fusée dans une des galerie.
Je m’accroche tant bien que je peux a mon guide, avant de trouver les manettes du passager. Les phares de la moto-jet dessinent un halo blanc sur la roche qui défile a une cadence effrénée.
-"Ce sont des chasseur de prime !", me crie César.
-"Les chasseurs de primes sont aussi des voleurs ?"
-"A croire qu'en ce moment, ils n'ont pas grand chose a se mettre sous la dent... Ou alors, il ont volé quelque chose qui vaut le coup...En tout cas, ils n'irons pas bien loin !"
César accélère encore et je serre les poignées du passager, presque a m'en écraser les doigts. les turbo-propulseurs hurlent et résonnent sur les murs de pierres.Mon cœur bat la chamade tandis que nous bifurquons dans d'autres galerie. A chaque instant, je sens mon heure venue !
Rapidement, nous nous rapprochons de notre fuyard. Je pense même qu'ils sont deux, chacun enfourchant une moto-jet.
Arrivés a l'embranchement de deux galeries, ils se séparent. En tournant légèrement la tête, sur le bas côté, j’aperçois encore deux autres quidams qui démarrent aussitôt a notre poursuite.
-"On est suivi !"
Des slaves de laser crépitent a nos oreilles et ricochent sur les murs. Je sens même la chaleur des éclats de roches sur mes joues.
Nous débouchons subitement dans une nouvelle salle immense. La montagne est un vrai morceau de gruyère ! Et de nouveau, nous nous engouffrons dans de nouvelles galeries. Un de nos poursuivant a dû louper l'entrée : j’entends sa moto-jet exploser contre le mur. Je ne pense pas qu'il s'en remette... L'autre se rapproche dangereusement de nous. César le sent...
-"On y arrivera pas comme ça...Néo ! Tu va conduire cet engin ! Ce n'est pas compliqué !"
Il est fou ! Je n'ai jamais conduit un tel bolide, tout au plus un quad de gamin !
Je me retourne un instant. Un de nos poursuivant fait tournoyer un espèce de lasso en l'air. Ça m'a tout l'air d'être un bon filin d'acier souple, mais sûrement tranchant à souhait... S'il arrive a crocheter un bout de notre moto-jet, nous sommes foutus ! Comment ce type fait t'il pour piloter son engin et jouer au cow_boy en même temps ?
-"C'est Mauly ! Je suis obligé de l'affronter! Garde la poignée des gaz a fond et prend toujours la galerie de gauche! Toujours de gauche! Tu as bien compris?"
Je secoue la tête, mais déjà, César vient de sauter de la moto-jet et je le vois rouler-bouler sur le sol poussiéreux, tandis que le laser vert jaillit de son sabre.
Je poursuis donc seul mon voleur. Lui aussi, connais sûrement bien l'endroit, car dans les innombrables embranchements, il prend toujours la galerie la plus a gauche... J'essaye quelques boutons des manettes... C'est idiot : César ne m'a pas expliqué ou se trouve le bouton de tir, sur ce maudit engin ! J'en essaye un au hasard et je sens la mot-jet vibrer... Ça doit ouvrir des espèces d'ailerons qui, pour l'instant, ne font que me ralentir... Le deuxième est le bon : Je tire deux slaves d'affilée, qui s'en vont ricocher au loin, sans toucher le fuyard. J'ai du mal à me concentrer sur la conduite, a piloter et tirer en même temps. Le type se retourne a plusieurs reprises... Je pense qu'il a compris que ce n'est plus César qui conduit... Il faut que je me concentre encore, car nous arrivons de nouveau dans une grande salle. Manquerait plus que cet imbécile vire a droite, dans une galerie !
Non, il se maintient bien a gauche. Je tente un tir. J'arrive a arracher un bout de sabot de son engin !
Si seulement ça pouvait le déséquilibrer !
Nous arrivons comme des fusées vers la façade, mais au lieu de s’engouffrer dans la galerie, il cabre son engin qui commence donc a arpenter le mur de granit .
J'ai un frisson. Je ne savais pas que ces engins pouvaient glisser verticalement sur les murs... je tire encore une slave de laser. Les deux points rouges font mouche dans les sacoches et je manque de me les prendre dans la figure, quand elles retombes...
Je me sens doué, finalement, mais les engins commencent a ralentir... je me doutais bien que ce n'était pas prévu pour des pentes escarpées...
Le type se retourne et me fait un bras d'honneur, avant d'allumer deux espèces de réacteurs qui émergent d'un sac, sur son dos. Il repart de plus bel a la verticale, tel une fusée, le long de la paroi. L'ordure !
Ma moto-jet, elle, n'en peut plus... Je sens les turbos propulseur bouillir entre mes jambes et la gravité reprendre le dessus. J'ai peur que mon engin ne se désintègre ou se laisse retomber comme une pierre... J'amorce un léger virage, tout en douceur, le long de la paroi, pour ne pas me retrouver sous la machine et celle-ci reprend petit à petit de la vitesse. En quelques secondes, je suis donc redescendu au fond de la salle, a slalomer entre les conteneurs, quand je me retrouve face à face avec l'un de nos poursuivant. Je vérifie bien que ce n'est pas César qui pilote, puis je tire une slave. Le type est surpris. Je ne l'ai pas touché, mais il est désarçonné de sa monture, qui s'en va s'éclater contre un mur, dans une intense gerbe de feu. Je vois le type rouler à terre. Sous la violence du choc, son casque est arraché. J'arrête mon bolide, a bonne distance de lui. Le gars a l'air vraiment sonné, mais je reste prudent... Ils sont vraiment coriaces, ces types !
César me rejoint, en sautant de conteneurs en conteneurs comme un épervier. Nous nous retrouvons près de l'homme, qui balbutie quelques mots, mais au moment ou César s'approche, un claquement venu du plafond retentit.
Le type vient de lâcher son dernier soupir. César pointe du doigt une petite cavité, tout là haut.
-"C'est Jango Fet. Il n'a pas voulu laisser parler son complice."
Il enfourche la place du passager et me somme de démarrer.
-"Nous sommes des cibles faciles içi... Ramassons les sacoches et bougeons!"

















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