Sans m'en rendre compte, et malgré la trentaine de virages qui serpentent entre les montagnes, je suis arrivé à Bragança. Je ne me rappelle plus des étapes du trajet, comme si j'avais fermé les yeux tout le long de la route... Un étrange sentiment me hante: Je me sent comme vide et pourtant, plein de force, comme si plus rien ne pouvait m'arriver... Ce sentiment me rassure et me fait peur en même temps, car je ne sais plus si c'est une bonne chose, comme si cette trop grande légèreté de mon esprit pouvait me conduire a l'imprudence...
Mais j'arrive sur le grand parking, et des têtes nouvelles et joyeuses me font passer cet étrange sentiment.
Juché sur une colline, le Chateau-fort de Braganca surplombe la ville. Construit en 1187,c'est un bel ouvrage du moyen-age en pierre, parfaitement restauré. Dans son enceinte se trouve un imposant donjon, qui abrite maintenant un musée militaire. Une multitude de chemins de ronde avec escaliers, petits ponts et meurtrières entourent une grande place d'armes. Viennent ensuite d'épais remparts, puis l'ancien village, juste au dessous, qui a, lui aussi, gardé presque toute son authenticité et est cerne par d'épaisses murailles. C'est un vrai retour dans le temps que de parcourir ces ruelles pavées et tortueuses, entourées d’échoppes et de discrets petits bistros. La commune a su garder ce cachet authentique, malgré la pression des instances touristiques...
Mais j'arrive sur le grand parking, et des têtes nouvelles et joyeuses me font passer cet étrange sentiment.
Juché sur une colline, le Chateau-fort de Braganca surplombe la ville. Construit en 1187,c'est un bel ouvrage du moyen-age en pierre, parfaitement restauré. Dans son enceinte se trouve un imposant donjon, qui abrite maintenant un musée militaire. Une multitude de chemins de ronde avec escaliers, petits ponts et meurtrières entourent une grande place d'armes. Viennent ensuite d'épais remparts, puis l'ancien village, juste au dessous, qui a, lui aussi, gardé presque toute son authenticité et est cerne par d'épaisses murailles. C'est un vrai retour dans le temps que de parcourir ces ruelles pavées et tortueuses, entourées d’échoppes et de discrets petits bistros. La commune a su garder ce cachet authentique, malgré la pression des instances touristiques...
La fête
du château dure pendant trois jours, l'été. C'est l'occasion, pour
les nostalgiques de ces temps anciens de présenter ou apercevoir
tout ce qui peut avoir un rapport avec le moyen-age: Vieux métiers,
armureries, costumes, auberges... Le tout présenté dans une
ambiance médiévale absolument remarquable.
La
frontière n'étant pas loin, de très nombreux espagnols se donnent
rendez-vous ici, ainsi que bon nombre d'étrangers venus de toute l'Europe.
Ces
jours ci, pour venir au château, il faut garer la voiture bien loin,
au centre ville, puis remonter tranquillement a pied les petites rues
qui mènent jusqu’aux portes des remparts.
Là, des
mendiants en guenilles vous attendent et vous insultent si vous ne
leur remettez pas quelques écus... Des soldats en armures légères
et en armes patrouillent dans les rues, autour des échoppes, faisant
tinter toute leur ferroterie. Sur chaque tours, des étendards
claquent dans le vent et à chaque parapets, des draps aux couleurs du
château ont étés tendus. Le ton est donné.
Par ici,
un atelier de confection de cote de maille, par là, un métier à tisser... Il y a même un petit parc aménagé pour les enfants, dans
lequel il peuvent s'adonner à d'astucieux jeux d'adresse en bois,
leur faisant oublier pour un temps leur GameBoy...
Je
croise des troubadours et autres cracheurs de feu.
Dans un
coin, je m'approche d'une petite forge. Trois jeunes gens en tunique
de lin s'affairent a confectionner des petits instruments. L'un
manipule un gros soufflet de cuir, l'autre martèle quelques pièces
de fer. Le troisième explique aux visiteur le rôle des instruments
qu'ils fabriquent. Ça sent bon le feu de bois. Je m'approche un peu
plus, car j'entends qu'ils parlent français.
En
effet, ce sont des étudiants de la Faculté de Médecine de Dijon. On nous explique ici que les barbiers furent les premiers
chirurgiens. Ils coupaient les cheveux, mais perçaient aussi les
furoncles, posaient les ventouses... Je vois, en effet, sur l'étal,
tout un tas de rasoirs, ciseaux et autres petits instruments aux
formes étranges. Brandissant une tige de fer terminée en colimaçon,
l'étudiant nous affirme qu'avec cet outil, ces barbiers-chirurgiens
pouvaient même, a l'époque, opérer de la cataracte. Nous autres,
curieux, grimaçons en imaginant l'effroi du patient de l'époque.
L'étudiant
nous explique encore que l'église est très méfiante au sujet de
ces pratiques qui frôlent ou côtoient la sorcellerie...Cette
dernière étant très sévèrement punie. Et c'est avec grande
difficulté et grand secret que les premiers chirurgiens font évoluer
leur art, sous peine de finir au bûcher...
Je
déambule ensuite vers d'autres ateliers, laissant ma place a de
nouveaux badauds.
L'estrade du spectacle a été déplacée, cette année. Elle se trouve a présent contre l'un des cinq murs de la 'Domus Municipalis', l'unique œuvre romane de tout le Portugal. On y joue à l'instant la conscription de paysans et leur premier cours de maniement des armes, de manière humoristique. Le spectacle ne dure qu'un petit quart d'heure.
Je continue ma route, suivant un frêle chevalier en armure. Il me ferait presque rire, tellement il semble fin, dans son accoutrement. Son écuyer le suit, portant un sac de toile. Lui, par contre, semble beaucoup plus potelé. Tout le monde les regarde, amusés, remonter la ruelle, quand soudain, des armures s'entrechoquent: Notre pauvre chevalier vient d'en heurter un autre, qui, lui, descendait d'un pas empressés. les deux hommes s'insultent et les épées sortent des fourreaux. L’écuyer a posé son gros sac a terre et devient commentateur de la scène. Il explique que l'un a volé la Dulcinée de l'autre, et que leur chemin se croisant, ils se déclarent en duel. Ce duel se déroulera sur l'estrade, devant témoins.
J'ai faim. Je redescend un peu les ruelles, afin de trouver un café. La nuit commence a tomber et il semble y avoir plus de monde encore que l’après-midi. Les terrasses sont encombrées de touristes, mais je trouve finalement une place. Je commande un café et deux palmiers, toujours dans un portugais approximatif. Un peu plus loin, j’aperçois une ruelle, inhabituellement éclairée de lueurs rougeâtres. Des exclamation et des cris retentissent a chaque fois qu'un groupe de visiteurs s'engouffre dans le dédale pavé. Je me demande bien ce qui peut s'y passer...Au bruit des clameurs, le spectacle doit être très intéressant. De peur de louper la scène, j'engloutis mon café et me baffre de mes deux palmiers et à mon tour, je me dirige vers la sombre ruelle. Là, des femmes en guenilles noires, grimées comme des sorcières m'interpellent. Je pense qu'elles me proposent de me tirer les cartes, ou de me vendre quelques sortilèges. Un peu plus haut, devant une masure, un homme saoul veut me vendre sa fille et sa femme est en pleurs, assise sur un banc, juste a coté. Soudain encore, deux hommes me croisent en courant, l'un poursuivant l'autre, en poussant des cris. J'imagine que l'un d'eux vient de se faire détrousser de sa bourse et l'autre le poursuit, un couteau a la main. Les touristes rasent les murs, rient, mais restent méfiants: Cette ruelle est pleine de surprises. Mine de rien, je rejoins un petit groupe d'espagnols. On remonte toujours cette ruelle et croisons un petit cimetière improvisé. Sous d'étranges lumières orangées, des ombres furtives se promènent entre les tombes. Des cris sont mêlés de pleurs. Même si l'on sait que tout ceci n'est qu'une mise en scène, on ne peut échapper a quelques frissons, en se disant que jadis, ces ruelles sombres devaient bien ressembler a cela. Et l'on s'imagine bien qu'a l'époque, il ne valais mieux pas trop traîner la nuit dans ces quartiers...
L'estrade du spectacle a été déplacée, cette année. Elle se trouve a présent contre l'un des cinq murs de la 'Domus Municipalis', l'unique œuvre romane de tout le Portugal. On y joue à l'instant la conscription de paysans et leur premier cours de maniement des armes, de manière humoristique. Le spectacle ne dure qu'un petit quart d'heure.
Je continue ma route, suivant un frêle chevalier en armure. Il me ferait presque rire, tellement il semble fin, dans son accoutrement. Son écuyer le suit, portant un sac de toile. Lui, par contre, semble beaucoup plus potelé. Tout le monde les regarde, amusés, remonter la ruelle, quand soudain, des armures s'entrechoquent: Notre pauvre chevalier vient d'en heurter un autre, qui, lui, descendait d'un pas empressés. les deux hommes s'insultent et les épées sortent des fourreaux. L’écuyer a posé son gros sac a terre et devient commentateur de la scène. Il explique que l'un a volé la Dulcinée de l'autre, et que leur chemin se croisant, ils se déclarent en duel. Ce duel se déroulera sur l'estrade, devant témoins.
J'ai faim. Je redescend un peu les ruelles, afin de trouver un café. La nuit commence a tomber et il semble y avoir plus de monde encore que l’après-midi. Les terrasses sont encombrées de touristes, mais je trouve finalement une place. Je commande un café et deux palmiers, toujours dans un portugais approximatif. Un peu plus loin, j’aperçois une ruelle, inhabituellement éclairée de lueurs rougeâtres. Des exclamation et des cris retentissent a chaque fois qu'un groupe de visiteurs s'engouffre dans le dédale pavé. Je me demande bien ce qui peut s'y passer...Au bruit des clameurs, le spectacle doit être très intéressant. De peur de louper la scène, j'engloutis mon café et me baffre de mes deux palmiers et à mon tour, je me dirige vers la sombre ruelle. Là, des femmes en guenilles noires, grimées comme des sorcières m'interpellent. Je pense qu'elles me proposent de me tirer les cartes, ou de me vendre quelques sortilèges. Un peu plus haut, devant une masure, un homme saoul veut me vendre sa fille et sa femme est en pleurs, assise sur un banc, juste a coté. Soudain encore, deux hommes me croisent en courant, l'un poursuivant l'autre, en poussant des cris. J'imagine que l'un d'eux vient de se faire détrousser de sa bourse et l'autre le poursuit, un couteau a la main. Les touristes rasent les murs, rient, mais restent méfiants: Cette ruelle est pleine de surprises. Mine de rien, je rejoins un petit groupe d'espagnols. On remonte toujours cette ruelle et croisons un petit cimetière improvisé. Sous d'étranges lumières orangées, des ombres furtives se promènent entre les tombes. Des cris sont mêlés de pleurs. Même si l'on sait que tout ceci n'est qu'une mise en scène, on ne peut échapper a quelques frissons, en se disant que jadis, ces ruelles sombres devaient bien ressembler a cela. Et l'on s'imagine bien qu'a l'époque, il ne valais mieux pas trop traîner la nuit dans ces quartiers...
Encore
plus haut, quelques mendiants font la quête, mais j’aperçois déjà
un lampadaire électrique, signe que nous quittons bientôt cet
endroit maléfique. Je souffle presque de soulagement. L'illusion
était parfaite mais perd rapidement de son effet.
Arrivé
en haut, je me retourne, car j’entends des bruits de pas: Par une
petite rue perpendiculaire à celle que nous venons de gravir, une
petite garnison de soldats arrive au trot. Ils sont quatre, précédés
d'un chevalier, mais font le bruit de dix, avec leur équipements.
Arrivés au croisement, le chevalier crie ses ordres. Les soldats se
mettent en formation serrée afin de redescendre la ruelle étroite.
Les visiteurs, qui n'ont pas finis leur ascension et qui aperçoivent
les militaires, plus haut, s'écartent. Notre groupe de touristes
forme maintenant un cercle, bien a l'abri, sous le lampadaire électrique. Le
chevalier lève son épée et et les soldats le suivent aussitôt en
hurlant. Ils disparaissent, plus bas, dans la ruelle, ou l'en entends
d'autres cris. Une machine à fumée, bien dissimulée, nous empêche de voir au plus bas, en dispersant un voile de brouillard. Une mégères remonte en titubant et, le bras tendu, nous implore de l'aider.
La scène devient surréaliste: Cette femme en guenille, noyée dans une étrange brume nous tendant la main et nous, en face, en tee-short et baskets, qui restons pantois, comme juste séparés de quelques mètres par une anomalie de l'espace temps...
La scène devient surréaliste: Cette femme en guenille, noyée dans une étrange brume nous tendant la main et nous, en face, en tee-short et baskets, qui restons pantois, comme juste séparés de quelques mètres par une anomalie de l'espace temps...
Elle
reste là, a gémir, tandis que notre groupe se disperse discrètement, en laissant la vieille a son triste sort.
Je rejoins la place centrale, encore abasourdi. C'est vrai que les
organisateurs ont fait fort, cette année.
Je
regarde autour de moi, tentant de retrouver un peu de famille, mais
il y a toujours autant de monde, sur la place. Il est 23 heures et je
suis un peu fatigué de toute cette marche et de toutes ces émotions.
Je décide de rentrer.Château Médiéval de bragança
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