25 - Qui se fait de la Bill?

    Le A-Wing ralentit, puis entame une large cercle, afin de nous déposer silencieusement dans une grande allé, ou plutôt, un chemin en friche... Le propriétaire des lieux ne doit être trop regardant sur l'entretien...
Au bout de cette allée, un escalier immense mène à un temple, qui semble émerger de terre, lui aussi, désert et en piteux état... C'est un genre de Temple Khmer, en forme de pain de sucre, construit en bloc de granit noir...mais je ne m'y connais pas trop bien, en architecture... De plus, nous sommes au Tibet, et je n'imaginais pas ce genre de monument içi... Enfin, je voyage loin pour la première fois!
Les temples de l’Asie n'ont rien a voir avec nos cathédrales. C'est vraiment un nouveau Monde qui se présente a moi.. Tout est différent et tout est a découvrir.
Des singes et des oiseaux crient dans la Jungle environnante. J'aurais juré le Tibet aussi plus... désertique.
Nous commençons a gravir les innombrables marches de l'escalier et je me tourne vers César.
-"Vous êtes sûr que c'est içi ? Personne n'a l'air de nous attendre..."
-"Oui, en effet... Nous ne sommes peut-être pas attendus ...", me répond t'il, tranquillement.
En haut de l'escalier, se trouve une grande place, immense, cernée de colonnes sculptées qui apparemment, ne supportent plus rien depuis longtemps.
César m'arrête. Un étrange personnage est assis en tailleur sur une stèle, au beau milieu de la place. Vêtu d'une toge blanche à manche longue, il semble en pleine méditation. Nous nous approchons discrètement, jusqu'à nous présenter devant lui.
Il ressemble à vieux Maître chinois, avec une grande barbichette blanche d'une bonne trentaine de centimètres et un chignon de cheveux blancs, soutenu par une baguette de bambou. J'arriverais difficilement a lui donner un âge, car malgré ses cheveux blancs, son visage ne porte aucune rides...
J'allais ouvrir la bouche, mais César me fait signe de n'en rien faire. Nous attendons donc quelques minutes, quand l'étrange personnage daigne nous adresser la parole, toujours les yeux fermés sous ses gros sourcils.
-"Vous êtes américains ?", nous demande t'il.
César me regarde et hausse les épaules.
-"Je suis français !", dis-je.
Il se met à rire, toujours les yeux fermés.
-"Hi ! Hi ! Hi ! Je n'ai jamais vu de français... Mais ils sont sûrement aussi stupides que les américains !"
Il ouvre enfin les yeux et nous dévisage, tous les deux, de la tête au pieds, puis se relève tranquillement. Il semble assez maigre, sous sa toge. Il s'approche de moi. Deux mètres nous séparent et il me jauge de nouveau.
-"Que venez-vous, faire içi ? Du tourisme ?"
-"Il vient faire un stage.",annonce César, en s'inclinant.
Le vieux chinois ne semble pas l'écouter et me toise encore, tout en caressant l’échevelée de son long bouc, puis se met a dessiner quelques geste en l'air de ses grand bras, en une lente et tranquille chorégraphie.
Je ne sais pas, mais je ne sent pas bien la suite...
En effet, il s’arque-boute soudainement et joint les main comme pour me repousser, tout en poussant un cris. Bien que ne m'ayant pas touché, je sens une douleur terrible dans l'estomac et une force invisible qui m'envoie voler jusqu'aux premières marches de l'escalier. Je glisse comme une savonnette, de tout mon long sur les pavés couverts de mousse. Je tente de me relever, mais me ravise, finalement. Je reste à genoux.. Je vais peut-être attendre un peu, car il est devant César, à présent.
Il refait la même chorégraphie et je suis étonné de voir César, a son tour, faire un vol plané jusqu'à mes côté. Nous sommes tous les deux par terre, côte a côte et le vieux chinois ricane de nouveau, toujours en caressant son bouc.
-"Vous vous laissez faire ?", dis-je a César, surpris.
Il hausse les épaules.
-"Çà doit être sa manière de nous souhaiter la bienvenue... Il faut que je me fasse aux coutumes locales... Je vais le saluer à mon tour !"
César fait un salto arrière pour se retrouver aussitôt sur ses pieds, puis tend le bras et la main gauche en direction du vieillard. Celui-ci décolle à la renverse et s'en va voler plus loin, vers les colonnes du temple. Surpris, il secoue la tête et se relève aussi sec.
Il se met en garde, tel un karatéka, puis semble hurler des ordres d'une voix sèche.
Aussitôt, une vingtaine de jeunes moines au torse nu et aux pantalons d'étoffe dorée semblent surgir de toute part, tel des yamakasi. Ils forment rapidement un cercle autour de César, qui laisse lentement tomber son poncho à terre. Tout en toisant ses adversaires d'un regard méfiant, il me lance son sabre-laser et se met en position de défense. Je reste en retrait, avec l'arme dans mes mains. Je ne sais même pas comment s'allume cet engin !En fait, je me demande s'il n’aurait pas mieux fait de le garder...
Le combat commence et j'ai du mal a voir les coups pleuvoir, tellement ils sont rapides. Les guerriers volent, les uns après les autres, comme des poupées de chiffons. Certains ce relèvent aussitôt rejoindre le combat, tandis que d'autres restent à terre, sonnés. Le vieux semble alors les sermonner du regard. Sous la mêlée de bras et de jambes, je discerne à peine mon Maître.
Le vieux chinois hurle de nouveau, alors qu'une deuxième vague d'assaillants arrive. Cette fois, ils sont beaucoup plus nombreux... Une bonne cinquantaine, je pense. Ils se ressemblent tous !
Le tableau de l'arène devient sur-réaliste ! César au milieu et tous ses acrobates qui le cernent, qui feintent et qui cherchent une faille... Ils se jettent sur lui par petit groupes, mais César saute, vole, esquive les coups avec une rapidité incroyable !
Encore un cri et une nouvelle vague arrive encore ! C'est de la folie ! Je n'en crois pas mes yeux. Mon Maître les survole. Je pense, en cet instant, qu'il commence a employer la Force car il a tendu ses bras devant lui et décrit lentement un cercle. Un mur invisible et infranchissable semble se former. Plus aucun combattant ne peut s'approcher sans finir irrémédiablement a genoux. La démonstration de Force dure encore quelques seconde, puis le vieux chinois, en levant rapidement le bras, semble crier l'arrêt du combat.
Aussitôt, les assaillants encore valides forment une haie d'honneur, sur la place, séparant d'un couloir César et le vieux moine. Le silence se fait et le vieillard s'approche, en caressant toujours sa barbiche. Il rit de nouveau et s'incline devant César.
-"Je vous remercie, Grand Maître. Je pense qu'ils ont appris quelque chose, aujourd'hui. Rien de tel qu'un peu de pratique pour conforter la théorie, n'est ce pas ?"
César, a peine essoufflé,  s'incline à son tour, devant le vieux moine, puis ramasse son poncho.
-"Oui. Un peu d'exercice ne peut faire que du bien..."
Ils reviennent tranquillement vers moi, discutant, comme si de rien n'était, comme deux vieux amis. Je me suis relevé, et gratte la mousse verte qui couvre mon pantalon.
-"Que me vaut l'honneur de votre visite ?", s’inquiète le moine.
-"Je vous présente Néo... Il aurait, apparemment, besoin d'une petite formation, au sein de votre confrérie..."
Je salue le vieux chinois. Finalement, je ne suis plus très chaud... Il a bien deviné que je n'ai pas les talents de César...
Le vieux Maître hoche la tête.
-"Je vais m'occuper de lui..."
César s'incline de nouveau, comme pour le remercier.
-"Quelle compensation vous faut t'il ?"
Le vieux réfléchit quelques instants, la main dans la barbe.
-"Je ne vous demanderais rien. Vous m'avez économisé là plus de six mois de cours... Et puis, ce jeune disciple fera comme les autres: il payera de sa sueur son repas et son couchage..."
C'est bien ça ! Je me vois mal parti ! Il faut qu'on foute le camps !
-"Ne me l'esquintez pas !", précise fermement César. Je sens qu'il allait ajouter quelques recommandations, mais il semble se raviser... Il se tourne vers moi, en me pointant du doigt.
-"Ne me déçoit pas, Néo !"
Je suis stupéfait! Il me laisse avec ces sauvages! Je le vois redescendre les escaliers, comme ça, tranquillement.
Soudainement, le sabre-laser vibre dans mes mains, puis s'en échappe afin de rejoindre la ceinture de son Maître.
-"Tu n'en aura pas besoin, ici !", me crie César, arrivé en bas.





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