3- La procession


La procession

Le 10 août, donc, a lieu la fête du village, et tout le monde se met sur son 31. Les messieurs en belle chemise et ces dames en belles robes. Les talons hauts sont tout à fait inappropriés pour arpenter les rues du village et c’est avec peine que ces belles courageuses vont parcourir les 3 kilomètres de la procession. Au fil des ans, la procession s’est transformée en un véritable défilé de mode et cette nouvelle manière de prouver sa foi vaut bien quelques sacrifices. ..
Certains en rient, mais les anciens ne peuvent s’empêcher de grincer des dents.
Seule quelques femmes, revêtue de leur blouse sans manche, sont restées aux cuisines, a  préparer et surveiller les plats dans les « fornos », ces fours en pierre circulaires ou l’on cuit traditionnellement le pain. Il y en a un dans pratiquement chaque maison. Cachés dans le mur de la cuisine ou seule l’antre ornée de faïence affirme sa présence, ou bien dans un coin de la grange, près d’un bon tas de bois. Ils sont fait de solides blocs de granit  jointoyés de terre rouge que l’on trouve en abondance dans la région. En ce jour, ils ont été remplis de bois, très tôt le matin, puis allumés avec précaution. Le mois d’août est très chaud et très sec au Portugal et la moindre braise qui s’échappe de la cheminée peut provoquer un incendie.
Au bout d’une heure de préchauffe, quand les pierres de la voûte du four deviennent blanches, sous l’effet de l’intense chaleur, on sait que la bonne température est atteinte. On laisse alors finir le bois de brûler, on éparpille les braises puis on enfourne les plats à l’aide de grandes pelles en bois. L’antre est ensuite bouchée avec une simple tôle de fer. La cuisson se poursuit pendant plus d’une heure et demie.
 Devant l’église, c’est l’effervescence. Des hauts parleurs crient la messe au dehors, car ce jour là, l’église est trop petite pour contenir tout le monde. Certains se recueillent, d’autres causent. Certains déambulent, d’autres se cherchent.
Le café du village aussi est trop petit et on arrive plus à définir les limites de la terrasse, qui s’étend à présent jusqu’au au milieu de la place . Autour des tables,  les organisateurs s’affairent à trouver les équipages qui auront la charge de porter les images, ces statues de plâtre et de marbre représentant les saints. Toute personne assez costaud est réquisitionnée. Les jeunes filles sont aussi mises à contribution ; elles porteront les images les plus légères, comme le petit jésus. . .
Cette année, j’ai pensé à prendre un bon appareil photo. Le mobile, c’est pratique, mais ça ne vaut pas un bon appareil numérique. Possédant une bonne carte mémoire, je photographie a tout va. Je ferais le tri plus tard et enverrai le résultat à chacun par internet. J’essaye donc de capturer le plus de monde possible : beau frères, belles sœurs, neveux, nièces… les groupes se forment et se déforment au grès des discutions.
Soudain, j’aperçois un vieil homme, apparemment seul, qui se tient près de la fontaine, au centre de la place. Je me demande qui c’est, car en plus de 20 ans que je viens ici, je ne me rappelle pas l’avoir déjà vu…
Il n’a rien d’extraordinaire, mais il est juste là, debout, comme moi, a regarder la foule. Il porte une petite barbe, une chemise grise à col officier, cachée par un poncho de berger et son pantalon plonge dans des bottines rutilantes. Il garde ses mains croisées sur son ventre, comme s’il attendait quelqu’un, mais à son regard immobile, je pense qu’il n’attend personne…
Son simple habit de berger, absolument impeccable dépareille par rapport a l’éloquence présente. C’est bien cette simplicité qui me surprend mais aussi cette tranquillité. Il est entouré de monde qui parle et qui gesticule, mais il reste impassible, tout près de cette fontaine.
Je me l’imagine à présent comme un apôtre, portant un agneau dans ses bras… En ce jour, ce serait de circonstance et c’est sûrement pour cela que personne ne le remarque.
Je me demande encore qui c’est et je n’ose pas le photographier, comme si je n’en avais pas le droit, comme s’il ne faisait pas partie de la fête ou comme s’il ne comptait pas dans ce décor festif … il est à une vingtaine de mètres de moi. Je pense qu’il ne m’a pas vu l’observer pendant cette minute.
Il me rappelle quelqu’un, mais je ne sais pas qui… Il faudra que je demande à ma femme.
La fanfare retentit soudain, signe que la procession se met en place. Vite, Il faut que je photographie les beaux frères revêtus de toges colorées, qui portent les images avant qu’elle se mette en route, car après, ce sera moins facile au milieu des ruelles étroites…
La tradition veut que l’on défile dans un ordre  précis: l’emblème du village d’abord, porté cette année par un neveu, puis les 7 images suivie du Padre.  S’ensuit la fanfare et finalement tout le cortège de croyants…
Cette année encore, il fait très chaud et certains vont encore tricher en coupant par les ruelles perpendiculaires qui traversent le village, afin de rester un peu à l’ombre et réintégrer le cortège, un peu plus bas, comme si de rien n’était…
Il était une époque où la procession restait silencieuse et où on n’entendait que les bruits des sabots et des souliers sur les pavés. Les gens chantaient des louanges et autres chants de messe.
A présent, on entend plus parler des résultats du club du Benfica ou de celui de Porto dans la foule. En tout cas, on y rit un peu trop fort et cela déplaît beaucoup au Padre qui souffle en levant les yeux au ciel, sur le chemin.
Pour ma part, je fait le paparazzi aussi discrètement que je peux. Mine de rien, je monte et redescend le cortège plusieurs fois.
Au bout d’une bonne heure de marche et sous un soleil de plomb, la procession arrive enfin à l’église, son point de départ.
Les porteurs s’engouffrent dans l’annexe afin de déposer les images et se dévêtir des toges colorées. Puis ils vont s’empresser de courir au café, déguster une bière bien fraîche et bien méritée. Il est déjà 13 heures et le soleil plombe la place. La fanfare à regagné le bus qui les a transporté jusqu’ici.
A présent, tout le monde se cherche de nouveau, afin de regagner les maisons ou les attendent un copieux repas. Les gamins courent dans les rue, comme des brebis égarées.


Procession de village au Portugal


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