24 - Le fou suit le Fou!

    César me rejoint, le lendemain matin.
-"Tu es prêt?", me dit t'il, pressement.
-"C'est aujourd'hui?...Vous pensez que l'on va s'absenter pendant combien d'heures? Dis-je, inquiet. Je ne voudrais pas inquiéter tout le monde..."
-"Les Mondochawans nous ont accordé une fenêtre d'un quinzième... Ce devrait être suffisant pour le temps de ta formation..."
J'ai un sourire pincé.
-"Ca veut dire quoi, 'une fenêtre d'un quinzième ',exactement?"
-"Cela veut dire que pour une journée passée ici, tu pourra passer 15 jours, là-bas... Ce qui devrait être largement suffisant pour ce que tu as a y faire..."
Je souffle de surprise, en rassemblant les outils qui traînaient dans la grange.
-"C'est génial, ça!"
César soupire. Apparemment, il ne partage pas mon enthousiasme.
-"Je ne sais pas si c'est génial, finalement... Ils m'ont accordé cette faveur avec une étrange facilité, comme si des événements fâcheux allaient se passer, ou comme si c'était d'un grand intérêt pour eux..."
-"Ha?.. Que peut t'il donc se passer?"
César réfléchit une minute, puis reprend.
-"Je ne sais pas... Tout ce que je sais, c'est que ce qui perturbe le plus les Mondochawans sont les distorsions de l'Espace-temps, lui-même..."
Je coupe césar, car moi aussi, j'ai un peu envie de sortit ma science...
-"Ha oui... J'ai vu un reportage scientifique, un jour, au sujet de ces déformations... De grosse masses comme des soleils ou même de grosses planètes peuvent provoquer des anomalies... C'est ça?"
-"Tout a fait. Et la disparition subite d'un Soleil, ou même, d'une simple planète pourrait provoquer ce genre de phénomène... 
Si tu imagine l'univers comme un tapis de billard, ou les boules sont perpétuellement en mouvement ordonné et inter-agissant naturellement les unes par rapport aux autres, tu peux facilement deviner et appréhender leur déplacement, n'est-ce pas?"
-"Oui, je suppose..."
-"Mais si un élément se déplace ou disparaît subitement, tout cet édifice est perturbé..."
-"L'effet 'Papillon'?", dis-je.
-"En quelque sorte! Et le temps que tout se remette en place, l'Univers entier devient chaotique pendant plusieurs milliard d'années..."
-"Ha?.. Mais ce phénomène n'existe t'il pas naturellement? J'ai entendu parler de Super-Nova... Des Soleils qui explosent..."
-"Tout a fait, mais ces phénomènes là sont prévisibles et naturels..."
En quelques minutes, nous rejoignons la bergerie, sur le chemin de la Mine. A peine le temps de me changer, que je me retrouve derrière César, dans le cockpit d'un A-Wing flambant neuf... La voiture de son 'ami', quant a elle, reste au garage, camouflé, comme tout le reste, par des murs de ballots de paille. La charpente bascule soudainement légèrement, toute d'un bloc, tandis que nous décollons à la vitesse de l'éclair. Comme dans la voiture, je ne ressent aucune secousses, malgré l'accélération fulgurante... A peine quelques secondes plus tard et la voûte céleste s'étale juste au dessus de nous.
Nous nous taisons pendant quelques minutes, tandis que le A-Wing continue de filer. Par le cockpit, je regarde les nuées d'étoiles comme des million de lucioles, suspendue comme par magie dans le ciel noir.
Je pense alors à Aldérande, désintégrée par la puissante Étoile Noire... C'est peut-être a cet événement, dont César veut faire allusion, sans forcément le savoir...
-"Votre Monde est en guerre, n'est-ce pas, César?.."
-"Oui, la République commence a vivre des heures sombres..."
César soupire, puis reprend:
-"Comme toi, hier soir, j'aurais plein de questions a te poser... Mais je ne te demanderais rien..."
Je ris nerveusement.
-"C'est vrai que j'aurais bien eu besoin de votre soutien, hier soir... Mais bon, comme vous dites, il faut bien que je prenne mon destin en main!..."
J'avais envie de lui raconter comment j'avais fait fuir les chiens. L'image du terrible Palpatine me revient subitement en tête...
-"C'est vrai que vous ne me posez pas trop de question au sujet de la Saga de George Lucas... Cette vision de votre avenir vous fait peur?"
-"Seul, le Conseil a visionné les films. Et c'est très bien ainsi... Je tiens à garder mon esprit tranquille et les idées claires, afin de mener ma mission a bien..."
-"Je vous admire! Dis-je. Il faut être courageux pour ne pas jeter un petit coups d’œil sur ce qui peut nous arriver..."
-"Comme tu le dis; Ce 'qui peut' nous arriver. Et ce 'qui peut' nous arriver n'est pas forcément ce 'qui va nous arriver'...
Comme dis Maître Yoda, « Toujours difficile a voir, car toujours l'avenir est en mouvement... » Dés lors, pourquoi m’inquiéter sur ce qui peut éventuellement arriver, puisque finalement, tout et n'importe quoi peut m'arriver..."
Il se tait un instant puis reprend.
-"Imagine qu'une personne que tu pense sérieuse te dise que tu va bientôt avoir un accident routier... Évidement, elle ne te donne pas d'échéance... Demain, la semaine prochaine... Dans un mois... Non, aucun autre détails...
Tu va donc vivre inconsciemment et perpétuellement avec cette appréhension. Celle-ci va même se renforcer au fil des jours, car ton esprit pratique va recueillir un tas d'informations sur ce sujet qui t’obsède: Catastrophe routière, risques de circulation difficile a cause du temps... N'en veut pas a ton esprit pratique, car après tout, c'est son travail!
Quelqu'un de normal dirait: »Oui, ça peut m'arriver... »
Mais dans ton état, tu te dira: « On me l'a bien dit: Avec la mal-chance que j'ai, ça risque vraiment de m'arriver!"
-"oui, dis-je. Mais si je reste concentré, cela ne peut que difficilement m'arriver..."
-"Tu ne peut pas prétendre être concentré sur ta route si cette idée d’accident te reste en permanence en tête... A moins que tu fasse un grand ménage...
Tu dois te dire: Dans ma vie, tout peut arriver... Du bon, comme du mauvais. Heureusement, je sais faire la différence entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Je vais tout mettre en œuvre pour que tout se passe bien...Et tout se passera bien."
Je ris:
-"Ben... je ne connais pas beaucoup de monde qui espère que leur vie se passe mal..."
-"Que leur vie se passe mal, non, bien sûr. Mais qui pense que ça va mal se passer, oui, énormément...
Imagine encore qu'on te dise: Fais attention, car tu va tout rater dans ta vie... 
Encore une fois, tu va trouver des milliers d'exemples qui vont te conforter dans cette affirmation... C'est ce qu'on appelle, des croyances.
Tu ne fera un grand pas dans la vie qu'en faisant un énorme tri dans toutes ces croyances... »
- »Par ce qu'il y en a beaucoup? »
- »Plus que tu ne le crois... Pense a toutes les choses que tu vois dans ta vie et que tu trouve injustes, illogiques, irresponsable voire grotesque et cruelles... Et bien, tu fais souvent 'avec', comme on dit. Ces choses te révoltent, mais tu t'en accommode malgré toi et même, souvent, tu y participe presque indirectement... Sinon, tu serait dans un état de rébellion et de conflit permanent..."
-"Oui, il faut que je 'lâche prise ', comme vous dites..."
-"Tout a fait, mais il est important de comprendre pourquoi on 'lâche prise'...
Celui qui veut faire le point de tout ça et qui commence a entreprendre un travail sur lui-même passe souvent par une période de conflit intérieur... 
Le coté rationnel et émotionnel est mis a mal par le subconscient et, si l'on est pas assez fort, pas assez préparé, la période de transition peut-être difficile et douloureuse..."
J'ai soudain envie de dire à César a quel point je me sens hyper-sensible en ce moment et surtout, que les larmes me montent trop facilement aux yeux...
-"Est-ce dans cette période que l'on peut être attiré par... Le Côté Obscur?"
César a un sourire pincé.
-"Non. Ton esprit est trop occupé par les remises en questions sur le Monde qui t'entoure... Par contre, une fois que tu a fait le point sur toutes tes croyance, que tu sais a peu prés comment fonctionnent vraiment les choses et de quelle manière tu peux en tirer avantage, tu peux, en effet, avoir une envie de domination et de Pouvoir sur les autres...
Souvent, cela part d'un bon sentiment, dans le genre: « Suivez moi, car je connais le chemin... Vous verrez, avec moi, vous vivrez mieux... »".
Je ris.
-"On dirait un discours politique!"
-"Nous n'en sommes pas trop loin... Après tout, les hommes de politique nous veulent toujours du bien... Mais à leur manière! Et rapidement, leur sentiment de domination et de Pouvoir prend irrémédiablement le dessus... Ensuite, il est très difficile de faire marche arrière...
Imagine un guide qui emmène un groupe de touristes sur un chemin qu'ils ne connaissent pas... Ces touristes mettent toute leur confiance en ce guide... Ils pensent ne pas trop avoir le choix.... Bien entendu, il arrive un tas de péripéties en cours de route, que le guide résous de manière remarquable... En chemin, ce guide se trompe de sentier, dû, par exemple, par un soudain changement de temps... Il serait encore possible de faire marche arrière, mais pour le guide, ce serait comme perdre la face et surtout, il a le soutient de quelques membres du groupe qui ne veulent plus, eux non plus, faire marche arrière... D'autres péripéties arrivent, mais celles-ci sont gérées dans l'urgence, car la priorité est de retrouver le bon chemin et une énergie considérable est dépensée a tenter de garder la cohésion du groupe... A ce moment, une personne lucide se rendrait facilement compte que toutes ses actions deviennent incohérentes, mais ne pourrait efficacement agir sans se mettre tout le groupe a dos..."
-"Je comprends, dis-je. Le mieux aurait été de partager les responsabilités..."
-"Dans ces circonstances, ça aurait été pire: les uns auraient reporté les fautes sur les autres!"
Je cherche vainement une solution, quand César reprend:
-"Tout aurait été plus simple si il y avait eu un briefing avec tout les membres du groupe avant le départ: Difficulté du parcours, prévision du temps, refuges a proximité... Ainsi, chacun aurait pû prendre SES propres responsabilité..."
-"Ha oui! Évidement! Plus de franchise aussi, en quelques sortes..."
On se tait quelques instant. Tout devient simple dans ma tête quand César ajoute:
-"L'humain n'est pas un chien ou un loup: Il a mille autres choix que de suivre une meute, s'il le veut... Le destin de l'Humanité est au dessus de ça."
-"Vous pensez que l'Homme n'est pas assez individualiste? Pourtant, je pensait que c'était un défaut..."
-"C'est un défaut, en effet. L'individualité est un défaut, le partage est une qualité... Tout est une question de perception..."
César me mène encore vers des sentiers étranges...
-"Je devrais me méfier de vous?", lui dis-je.
César éclate de rire.
-"Dans la mesure ou je semble t’inculquer des choses bizarres et t'emmener dans des endroits improbables, sûrement!"
La question du: »Qui est le fou des deux? Le fou, ou le fou qui le suit? » semble alors reprendre tout son sens...
Le bip de l'ordinateur de bord du A-Wing retentit.
-"Nous arrivons! Tu es prêt?.. Il est encore temps de faire demi-tour..."
-"Il faut que j’affronte mon destin!", dis-je, sans grande conviction.
-"Il faut aussi que tu sache que je ne pourrais te voir pendant cette quinzaine de jours, car pendant tout ce temps, nous ne serons pas dans la même bulle spatio-temporelle... Quinze jours pour toi ne correspondront qu'a une journée pour moi. Comprend-tu?"
-"Je comprend..."

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