César
me rejoint, le lendemain matin.
-"Tu
es prêt?", me dit t'il, pressement.
-"C'est
aujourd'hui?...Vous pensez que l'on va s'absenter pendant combien
d'heures? Dis-je, inquiet. Je ne voudrais pas inquiéter tout le
monde..."
-"Les
Mondochawans nous ont accordé une fenêtre d'un quinzième... Ce
devrait être suffisant pour le temps de ta formation..."
J'ai
un sourire pincé.
-"Ca
veut dire quoi, 'une fenêtre d'un quinzième ',exactement?"
-"Cela
veut dire que pour une journée passée ici, tu pourra passer 15
jours, là-bas... Ce qui devrait être largement suffisant pour ce
que tu as a y faire..."
Je
souffle de surprise, en rassemblant les outils qui traînaient dans la grange.
-"C'est
génial, ça!"
César
soupire. Apparemment, il ne partage pas mon enthousiasme.
-"Je
ne sais pas si c'est génial, finalement... Ils m'ont accordé cette
faveur avec une étrange facilité, comme si des événements fâcheux
allaient se passer, ou comme si c'était d'un grand intérêt pour
eux..."
-"Ha?..
Que peut t'il donc se passer?"
César
réfléchit une minute, puis reprend.
-"Je
ne sais pas... Tout ce que je sais, c'est que ce qui perturbe le plus
les Mondochawans sont les distorsions de l'Espace-temps,
lui-même..."
Je
coupe césar, car moi aussi, j'ai un peu envie de sortit ma
science...
-"Ha
oui... J'ai vu un reportage scientifique, un jour, au sujet de ces
déformations... De grosse masses comme des soleils ou même de
grosses planètes peuvent provoquer des anomalies... C'est ça?"
-"Tout
a fait. Et la disparition subite d'un Soleil, ou même, d'une simple
planète pourrait provoquer ce genre de phénomène...
Si
tu imagine l'univers comme un tapis de billard, ou les boules sont
perpétuellement en mouvement ordonné et inter-agissant
naturellement les unes par rapport aux autres, tu peux facilement
deviner et appréhender leur déplacement, n'est-ce pas?"
-"Oui,
je suppose..."
-"Mais
si un élément se déplace ou disparaît subitement, tout cet
édifice est perturbé..."
-"L'effet
'Papillon'?", dis-je.
-"En
quelque sorte! Et le temps que tout se remette en place, l'Univers
entier devient chaotique pendant plusieurs milliard d'années..."
-"Ha?..
Mais ce phénomène n'existe t'il pas naturellement? J'ai entendu
parler de Super-Nova... Des Soleils qui explosent..."
-"Tout
a fait, mais ces phénomènes là sont prévisibles et naturels..."
En
quelques minutes, nous rejoignons la bergerie, sur le chemin de la
Mine. A peine le temps de me changer, que je me retrouve derrière
César, dans le cockpit d'un A-Wing flambant neuf... La voiture de
son 'ami', quant a elle, reste au garage, camouflé, comme tout le
reste, par des murs de ballots de paille. La charpente bascule
soudainement légèrement, toute d'un bloc, tandis que nous décollons
à la vitesse de l'éclair. Comme dans la voiture, je ne ressent
aucune secousses, malgré l'accélération fulgurante... A peine
quelques secondes plus tard et la voûte céleste s'étale juste au
dessus de nous.
Nous
nous taisons pendant quelques minutes, tandis que le A-Wing continue
de filer. Par le cockpit, je regarde les nuées d'étoiles comme des
million de lucioles, suspendue comme par magie dans le ciel noir.
Je
pense alors à Aldérande, désintégrée par la puissante Étoile
Noire... C'est peut-être a cet événement, dont César veut faire
allusion, sans forcément le savoir...
-"Votre
Monde est en guerre, n'est-ce pas, César?.."
-"Oui,
la République commence a vivre des heures sombres..."
César
soupire, puis reprend:
-"Comme
toi, hier soir, j'aurais plein de questions a te poser... Mais je ne te demanderais rien..."
Je
ris nerveusement.
-"C'est
vrai que j'aurais bien eu besoin de votre soutien, hier soir... Mais
bon, comme vous dites, il faut bien que je prenne mon destin en
main!..."
J'avais
envie de lui raconter comment j'avais fait fuir les chiens. L'image
du terrible Palpatine me revient subitement en tête...
-"C'est
vrai que vous ne me posez pas trop de question au sujet de la Saga de
George Lucas... Cette vision de votre avenir vous fait peur?"
-"Seul,
le Conseil a visionné les films. Et c'est très bien ainsi... Je
tiens à garder mon esprit tranquille et les idées claires, afin de
mener ma mission a bien..."
-"Je
vous admire! Dis-je. Il faut être courageux pour ne pas jeter un
petit coups d’œil sur ce qui peut nous arriver..."
-"Comme
tu le dis; Ce 'qui peut' nous arriver. Et ce 'qui peut' nous arriver
n'est pas forcément ce 'qui va nous arriver'...
Comme
dis Maître Yoda, « Toujours difficile a voir, car toujours
l'avenir est en mouvement... » Dés lors, pourquoi m’inquiéter
sur ce qui peut éventuellement arriver, puisque finalement, tout et
n'importe quoi peut m'arriver..."
Il
se tait un instant puis reprend.
-"Imagine
qu'une personne que tu pense sérieuse te dise que tu va bientôt
avoir un accident routier... Évidement, elle ne te donne pas
d'échéance... Demain, la semaine prochaine... Dans un mois... Non,
aucun autre détails...
Tu
va donc vivre inconsciemment et perpétuellement avec cette
appréhension. Celle-ci va même se renforcer au fil des jours, car
ton esprit pratique va recueillir un tas d'informations sur ce sujet
qui t’obsède: Catastrophe routière, risques de circulation
difficile a cause du temps... N'en veut pas a ton esprit pratique,
car après tout, c'est son travail!
Quelqu'un
de normal dirait: »Oui, ça peut m'arriver... »
Mais
dans ton état, tu te dira: « On me l'a bien dit: Avec la
mal-chance que j'ai, ça risque vraiment de m'arriver!"
-"oui, dis-je. Mais si je reste concentré, cela ne peut que
difficilement m'arriver..."
-"Tu
ne peut pas prétendre être concentré sur ta route si cette idée
d’accident te reste en permanence en tête... A moins que tu
fasse un grand ménage...
Tu
dois te dire: Dans ma vie, tout peut arriver... Du bon, comme du
mauvais. Heureusement, je sais faire la différence entre ce qui est
bon et ce qui est mauvais. Je vais tout mettre en œuvre pour que
tout se passe bien...Et tout se passera bien."
Je
ris:
-"Ben...
je ne connais pas beaucoup de monde qui espère que leur vie se passe
mal..."
-"Que
leur vie se passe mal, non, bien sûr. Mais qui pense que ça va mal
se passer, oui, énormément...
Imagine
encore qu'on te dise: Fais attention, car tu va tout rater dans ta
vie...
Encore
une fois, tu va trouver des milliers d'exemples qui vont te conforter
dans cette affirmation... C'est ce qu'on appelle, des croyances.
Tu
ne fera un grand pas dans la vie qu'en faisant un énorme tri dans
toutes ces croyances... »
- »Par
ce qu'il y en a beaucoup? »
- »Plus
que tu ne le crois... Pense a toutes les choses que tu vois dans ta
vie et que tu trouve injustes, illogiques, irresponsable voire
grotesque et cruelles... Et bien, tu fais souvent 'avec', comme on
dit. Ces choses te révoltent, mais tu t'en accommode malgré toi et
même, souvent, tu y participe presque indirectement... Sinon, tu
serait dans un état de rébellion et de conflit permanent..."
-"Oui,
il faut que je 'lâche prise ', comme vous dites..."
-"Tout
a fait, mais il est important de comprendre pourquoi on 'lâche
prise'...
Celui
qui veut faire le point de tout ça et qui commence a entreprendre un
travail sur lui-même passe souvent par une période de conflit
intérieur...
Le
coté rationnel et émotionnel est mis a mal par le subconscient et,
si l'on est pas assez fort, pas assez préparé, la période de
transition peut-être difficile et douloureuse..."
J'ai
soudain envie de dire à César a quel point je me sens hyper-sensible en ce moment et surtout, que les larmes me montent trop facilement aux yeux...
-"Est-ce
dans cette période que l'on peut être attiré par... Le Côté
Obscur?"
César
a un sourire pincé.
-"Non.
Ton esprit est trop occupé par les remises en questions sur le Monde
qui t'entoure... Par contre, une fois que tu a fait le point sur
toutes tes croyance, que tu sais a peu prés comment fonctionnent
vraiment les choses et de quelle manière tu peux en tirer avantage,
tu peux, en effet, avoir une envie de domination et de Pouvoir sur
les autres...
Souvent,
cela part d'un bon sentiment, dans le genre: « Suivez moi, car
je connais le chemin... Vous verrez, avec moi, vous vivrez mieux... »".
Je
ris.
-"On
dirait un discours politique!"
-"Nous
n'en sommes pas trop loin... Après tout, les hommes de politique
nous veulent toujours du bien... Mais à leur manière! Et
rapidement, leur sentiment de domination et de Pouvoir prend
irrémédiablement le dessus... Ensuite, il est très difficile
de faire marche arrière...
Imagine
un guide qui emmène un groupe de touristes sur un chemin qu'ils ne
connaissent pas... Ces touristes mettent toute leur confiance en ce
guide... Ils pensent ne pas trop avoir le choix.... Bien entendu, il
arrive un tas de péripéties en cours de route, que le guide résous
de manière remarquable... En chemin, ce guide se trompe de sentier,
dû, par exemple, par un soudain changement de temps... Il serait
encore possible de faire marche arrière, mais pour le guide, ce
serait comme perdre la face et surtout, il a le soutient de quelques
membres du groupe qui ne veulent plus, eux non plus, faire marche
arrière... D'autres péripéties arrivent, mais celles-ci sont
gérées dans l'urgence, car la priorité est de retrouver le bon
chemin et une énergie considérable est dépensée a tenter de
garder la cohésion du groupe... A ce moment, une personne lucide se
rendrait facilement compte que toutes ses actions deviennent
incohérentes, mais ne pourrait efficacement agir sans se mettre tout
le groupe a dos..."
-"Je
comprends, dis-je. Le mieux aurait été de partager les
responsabilités..."
-"Dans ces circonstances, ça aurait été pire: les uns auraient reporté les fautes sur les
autres!"
Je
cherche vainement une solution, quand César reprend:
-"Tout
aurait été plus simple si il y avait eu un briefing avec tout les
membres du groupe avant le départ: Difficulté du parcours,
prévision du temps, refuges a proximité... Ainsi, chacun
aurait pû prendre SES propres responsabilité..."
-"Ha
oui! Évidement! Plus de franchise aussi, en quelques sortes..."
On
se tait quelques instant. Tout devient simple dans ma tête quand
César ajoute:
-"L'humain
n'est pas un chien ou un loup: Il a mille autres choix que de suivre
une meute, s'il le veut... Le destin de l'Humanité est au dessus de
ça."
-"Vous
pensez que l'Homme n'est pas assez individualiste? Pourtant, je
pensait que c'était un défaut..."
-"C'est
un défaut, en effet. L'individualité est un défaut, le partage est
une qualité... Tout est une question de perception..."
César
me mène encore vers des sentiers étranges...
-"Je
devrais me méfier de vous?", lui dis-je.
César
éclate de rire.
-"Dans
la mesure ou je semble t’inculquer des choses bizarres et t'emmener
dans des endroits improbables, sûrement!"
La
question du: »Qui est le fou des deux? Le fou, ou le fou qui le
suit? » semble alors reprendre tout son sens...
Le
bip de l'ordinateur de bord du A-Wing retentit.
-"Nous arrivons! Tu
es prêt?.. Il est encore temps de faire demi-tour..."
-"Il
faut que j’affronte mon destin!", dis-je, sans grande
conviction.
-"Il
faut aussi que tu sache que je ne pourrais te voir pendant cette
quinzaine de jours, car pendant tout ce temps, nous ne serons pas
dans la même bulle spatio-temporelle... Quinze jours pour toi ne
correspondront qu'a une journée pour moi. Comprend-tu?"
-"Je
comprend..."
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