Aujourd'hui, c'est
Dimanche!
Le matin est calme et je m'octroie une grasse matinée. De
toute façon, le repos dominical reste encore assez sacré au
Portugal et il serait indécent que je descende bricoler et faire du
tapage en ce début de matinée... Hé hop! Un bon prétexte pour
rester au lit!
Je reste donc là, a
demi-éveillé, a regarder les rayons de soleil que filtrent les
persiennes tracés au plafond quand j'entend une camionnette s'arrêter
dans la rue.
Le klaxon de l'engin
retentit juste sous mes fenêtres et je me demande encore quel marchand cela
peut bien être... En tout cas, le type doit s'être trompé de jour,
car seul le boulanger passe le dimanche, aux alentour des 11
heures... J’espère quand même que ce n'est pas mon escroc d'hier!
Ça devient insistant et
même agaçant. Les chiens jappent dans tous le quartier. Adieu la
grasse matinée: je me lève et descend rapidement.
Au pied de la camionnette,
une espèce d'hidalgo brun m'interpelle.
-"Il est sourd, ou
quoi?", me dit t'il, en français moyen.
Je regarde bien autour de
moi, pour être sûr que c'est bien a moi qu'il s'adresse.
-"Pardon?",
dis-je.
-"Hé, je vais
réveiller tous le quartier!" Il s'approche de moi, avec un
sourire de travers, pour me serrer la main. Un gros Berger
Bergamasque l'accompagne et me contourne, sans me prêter aucune
attention.
-"Tu es Néo, n'est
ce pas?"
J’acquiesce, interloqué.
-"Oui. C'est moi.
C'est pourquoi?"
Il retourne a sa camionnette et commence a ouvrir le hayon latéral.
-"Moi, c'est Banderas.
J'ai une livraison pour César!"
-"Il n'habite pas
içi." lui dis-je, hésitant.
Il ne m'écoute pas et
jette a terre quelques paquets, arborant toujours un sourire agaçant.
Son engin ressemble à une espèce de gros 4x4 militaire réformé, de couleur
grise. En fait, il s'apparenterais plus à un véhicule de baroudeur,
plutôt que celui d'un marchand ambulant... La calandre est
recouverte de phares et des bavettes de roues traînent presque
jusqu'au sol. Je discerne dans l’habitacle un tas de C.B., et sur le
toit du véhicule, cinq ou six antennes de différentes hauteur
s'élancent vers le ciel. Je dirais que ça sent le trafique a plein
nez...
-"Il te plait? Tu
veux faire un tour?", me dit t'il en passant devant moi avec des
sacs qu'il jette dans la bergerie, sans même me demander mon avis.
La grosse boule de poil semble avoir compris et regagne aussitôt la
place du passager, de peur, sûrement, que je la lui prenne...
Il fait ainsi trois aller
retour quand le chien se met soudainement a grogner dans une étrange complainte, pendant quelques instants, derrières le
pare-brise, en direction de la rue montante.
Banderas se retourne.
-"Policia!",
murmure t'il, apparemment surpris.
En effet, une estafette de
Guardes fait demi-tour, au bout de la rue et arrive doucement a notre
hauteur.
Je vois le chien se
faufiler discrètement sous la bâche de la malle arrière et Banderas,
ouvrir le capot moteur.
-"Meu carro
quebrou!", lance t'il aux carabiniers, en sortant un chiffon
plein de cambouis de je ne sais où.
Par sa portière, le
policier me regarde. Je hausse les épaules.
Le chauffeur de
l'estafette descend a son tour, et se met a inspecter le drôle de
véhicule. Banderas replonge la tête sous le capot.
Le premier policier semble
vouloir lui demander les papiers mais mon drôle d'hidalgo lui montre
ses mains pleine d'huile.
Quelques voisins, interpellés par cette agitation matinale, s'approchent discrètement.
En un instant, une épaisse
fumée noir s'échappe de sous le bas moteur tandis qu'un sifflet de
vapeur retentit de plus en plus fort. Tout le monde recule précipitamment. Manquerais plus que son engin prenne feu devant ma
maison! Banderas fait signe a tous de s'éloigner un peu. Il me fait un clin d'oeil, suivi d'un sourire malicieux. Je jurerai qu'il prepare un coup fumant...
Je me réfugie dans le péron de l'entrée tandis que le chauffeur a rejoint son estafette, afin de la déplacer. L'autre carabinier, lui, a reculé jusqu'au coreto. La place se couvre rapidement d'une épaisse fumée noire et acre. Le sifflet de vapeur devient assourdissant. Puis soudain, plus un bruit. Et tandis que la fumée se dissipe, emportée par la légère brise, nous découvrons que le drôle de véhicule a disparu.
Je me réfugie dans le péron de l'entrée tandis que le chauffeur a rejoint son estafette, afin de la déplacer. L'autre carabinier, lui, a reculé jusqu'au coreto. La place se couvre rapidement d'une épaisse fumée noire et acre. Le sifflet de vapeur devient assourdissant. Puis soudain, plus un bruit. Et tandis que la fumée se dissipe, emportée par la légère brise, nous découvrons que le drôle de véhicule a disparu.
La stupeur passée, le
carabinier s'approche de moi, un peu agacé.
-"Quem é?"
Je hausse les épaule.
-"Eu sou francês!",
lui dis-je.
Il hausse les épaules à
son tour.
Ma tante arrive, ainsi que
plusieurs voisins et commencent a vivement interroger les policiers.
En quelques minutes, la place se couvre de badauds.
Finalement, agacés et
impuissants, les carabiniers remontent dans l'estafette et s'en vont
remonter la rue.
Tout le monde se disperse
très vite. C'est bientôt l'heure de la messe et je commence a en avoir marre de tous ces marchands et contrebandiers!
https://www.youtube.com/watch?v=XOxAddONLvc
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