13 - Le gentil vaurien...


    Aujourd'hui, c'est Dimanche!
    Le matin est calme et je m'octroie une grasse matinée. De toute façon, le repos dominical reste encore assez sacré au Portugal et il serait indécent que je descende bricoler et faire du tapage en ce début de matinée... Hé hop! Un bon prétexte pour rester au lit!
Je reste donc là, a demi-éveillé, a regarder les rayons de soleil que filtrent les persiennes tracés au plafond quand j'entend une camionnette s'arrêter dans la rue.
Le klaxon de l'engin retentit juste sous mes fenêtres et je me demande encore quel marchand cela peut bien être... En tout cas, le type doit s'être trompé de jour, car seul le boulanger passe le dimanche, aux alentour des 11 heures... J’espère quand même que ce n'est pas mon escroc d'hier!
Ça devient insistant et même agaçant. Les chiens jappent dans tous le quartier. Adieu la grasse matinée: je me lève et descend rapidement.
Au pied de la camionnette, une espèce d'hidalgo brun m'interpelle.
-"Il est sourd, ou quoi?", me dit t'il, en français moyen.
Je regarde bien autour de moi, pour être sûr que c'est bien a moi qu'il s'adresse.
-"Pardon?", dis-je.
-"Hé, je vais réveiller tous le quartier!" Il s'approche de moi, avec un sourire de travers, pour me serrer la main. Un gros Berger Bergamasque l'accompagne et me contourne, sans me prêter aucune attention.
-"Tu es Néo, n'est ce pas?"
J’acquiesce, interloqué.
-"Oui. C'est moi. C'est pourquoi?"
Il retourne a sa camionnette et commence a ouvrir le hayon latéral.
-"Moi, c'est Banderas. J'ai une livraison pour César!"
-"Il n'habite pas içi." lui dis-je, hésitant.
Il ne m'écoute pas et jette a terre quelques paquets, arborant toujours un sourire agaçant.
Son engin ressemble à une espèce de gros 4x4 militaire réformé, de couleur grise. En fait, il s'apparenterais plus à un véhicule de baroudeur, plutôt que celui d'un marchand ambulant... La calandre est recouverte de phares et des bavettes de roues traînent presque jusqu'au sol. Je discerne dans l’habitacle un tas de C.B., et sur le toit du véhicule, cinq ou six antennes de différentes hauteur s'élancent vers le ciel. Je dirais que ça sent le trafique a plein nez...
-"Il te plait? Tu veux faire un tour?", me dit t'il en passant devant moi avec des sacs qu'il jette dans la bergerie, sans même me demander mon avis. La grosse boule de poil semble avoir compris et regagne aussitôt la place du passager, de peur, sûrement, que je la lui prenne...
Il fait ainsi trois aller retour quand le chien se met soudainement a grogner dans une étrange complainte, pendant quelques instants,  derrières le pare-brise, en direction de la rue montante.
Banderas se retourne.
-"Policia!", murmure t'il, apparemment surpris.
En effet, une estafette de Guardes fait demi-tour, au bout de la rue et arrive doucement a notre hauteur.
Je vois le chien se faufiler discrètement sous la bâche de la malle arrière et Banderas, ouvrir le capot moteur.
-"Meu carro quebrou!", lance t'il aux carabiniers, en sortant un chiffon plein de cambouis de je ne sais où.
Par sa portière, le policier me regarde. Je hausse les épaules.
Le chauffeur de l'estafette descend a son tour, et se met a inspecter le drôle de véhicule. Banderas replonge la tête sous le capot.
Le premier policier semble vouloir lui demander les papiers mais mon drôle d'hidalgo lui montre ses mains pleine d'huile.
Quelques voisins, interpellés par cette agitation matinale, s'approchent discrètement.
En un instant, une épaisse fumée noir s'échappe de sous le bas moteur tandis qu'un sifflet de vapeur retentit de plus en plus fort. Tout le monde recule précipitamment. Manquerais plus que son engin prenne feu devant ma maison! Banderas fait signe a tous de s'éloigner un peu. Il me fait un clin d'oeil, suivi d'un sourire malicieux. Je jurerai qu'il prepare un coup fumant...
 Je me réfugie dans le péron de l'entrée tandis que le chauffeur a rejoint son estafette, afin de la déplacer. L'autre carabinier, lui, a reculé jusqu'au coreto. La place se couvre rapidement d'une épaisse fumée noire et acre. Le sifflet de vapeur devient assourdissant. Puis soudain, plus un bruit. Et tandis que la fumée se dissipe, emportée par la légère brise, nous découvrons que le drôle de véhicule a disparu.
La stupeur passée, le carabinier s'approche de moi, un peu agacé.
-"Quem é?"
Je hausse les épaule.
-"Eu sou francês!", lui dis-je.
Il hausse les épaules à son tour.
Ma tante arrive, ainsi que plusieurs voisins et commencent a vivement interroger les policiers. En quelques minutes, la place se couvre de badauds.
Finalement, agacés et impuissants, les carabiniers remontent dans l'estafette et s'en vont remonter la rue.
Tout le monde se disperse très vite. C'est bientôt l'heure de la messe et je commence a en avoir marre de tous ces marchands et contrebandiers!



https://www.youtube.com/watch?v=XOxAddONLvc



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