19 - Drôle de débriefing!



    Sur le chemin du retour, je suis comme anesthésié... je marche comme un zombie, tout en suivant les pas de mon guide, qui reste silencieux.
Nous arrivons enfin à la bergerie... Le chemin du retour m'a semblé étrangement plus court...
César pose les sacoches sur la table de la cuisine et les ouvre prestement.
Il en sort deux morceaux de terre noire que je pense reconnaître comme du minerai.
-"C'est du tungstène ?"
-"Du  pento-tugsthène, précise César. Ça sert a la fabrication... des sabres-laser."
-"Toute cette peine pour une si petite quantité !", dis-je.
-"La quantité n'a rien a voir !", m'affirme César en reposant délicatement le minerai sur une coupelle, au milieu de la table. Il jette les sacoches a moitié brûlées dans l'antre de la cheminée.
-"Il faut que j'en informe le conseil : L'ordre Noir prépare bien quelque chose..."

Il doit être deux heures du matin.
-"Bon, dis-je, il est temps que je rentre, je crois..."
-"Sûrement pas ! , s'exclame César, tu ne va pas rentrer comme ça !"
-"Évidement, je vais me changer ! Je m'imagine mal rentrer a la maison avec cet accoutrement...Quoi que..."
-"Je ne te parles pas de ça, mon ami... Tu viens de subir une épreuve, de réaliser une expérience et tu veux rentrer chez toi, comme ça, comme si de rien n'était..."
Je ne comprend pas ses propos. César reprend :
-"Tu as vécu cette aventure comme un taureau qui rentre dans l’arène, et tu en est ressorti vainqueur, ou en tout cas, un peu plus fort..."
Je repense soudain a la célèbre phrase de Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Ce qui ne m'empêche pas de répondre bêtement :
-"Merci, César, c'est encourageant."
Mais je sens qu'il ne m'écoute pas.
-"Ainsi donc, comme ce taureau, tu va retourner au pré, a brouter tranquillement, sans chercher a tirer parti de cette expérience, qui risque peut-être de se renouveler, plus tard ?
Et donc, si cette aventure se renouvelle, tu gardera exactement le même comportement et tu aura les mêmes réflexes..."
Je commence a comprendre.
-"Il faut que l'on dé-briffe, c'est ça ?"
-"Il faut que Tu te dé-briffe, c'est beaucoup plus important !"
Je me sens encore perdu.
-"Un dé-briefing se fait a plusieurs, non ? Chacun analyse ce qu'il aurait fallu faire, ou ne pas faire..."
César m’entraîne dans la pièce du fond, celle où se trouve l'étrange meuble, et ses coussins autour.
-"Il faut bien que tu apprenne a juger d'une situation par toi même, qu'elle soit passée ou a venir, sinon, toute ta vie, tu répétera les même choses, comprends-tu ?"
-"Et que proposez-vous, donc ?"
César arrange les coussins sur le sol.
-"Tu es encore dans un tel état d’excitation intérieur que cela se ressent a l'extérieur... Il faut que tu transforme toute cette énergie latente en quelque chose de positif... Tu va t'installer là, quelque moment, le temps que tu transforme toute cette force..."
-"Vous voulez que je me repose ?.. Mais je n'en ai pas l'envie !"
César se met a rire.
-"Dans l'état ou tu es, évidement que tu n'en a pas envie ! Mais ce sera le temps d'un débriefing, comme tu dis, c'est a dire, l'affaire d'a peine un quart d'heure..."
Je m'exécute et m'allonge donc sur les cousins. César, lui, s'est assis en tailleur, un peu plus loin.
-"Ferme les yeux et fais le vide,  ne penser a rien... Içi, tu es en sécurité.»
J'essaye de ne penser a rien, mais ce n'est pas facile... C'est même impossible : Je sens mon cœur battre encore la chamade et même les yeux fermés, je revois les flashs de laser me frôler les tempes... Mon corps bouillonne, en effet, tout a l'intérieur... Je sens mes atomes tout excités, comme chargés d’électricité. Au bout de quelques minutes, cela devient finalement une sensation agréable. Je sens mon thorax comme tout lumineux, éclairé par toute cette énergie et des effluves aux formes psychédéliques semblent jaillir de mes membres, tel des arcs électrique, qui se rejoignent, comme voulant me protéger...
-"Sens la Force !", me dit doucement César.
J'ai la tête qui tourne...Maintenant, je sens comme si j'avais tout l'univers réuni dans mon ventre. Les galaxies dansent a la place de mes organes. De mon cerveau, je sens émaner une lumière blanche et pure. Je sens mes paupières papilloter, tant cette lumière m'éblouis de l'intérieur... Je suis bien, je flotte dans l'espace et l'espace est en même temps a l'intérieur de mon corps. Je vois mes veines et mes nerfs comme des branches lumineuses, nourries de La Force... Bien qu'allongé et presque inerte, je ressens comme un incroyable niveau d'énergie me parcourir, me soulever !
Puis enfin, je me sens entraîné dans un grand toboggan invisible. Je me sens glisser dans le vide sidéral, de plus en plus vite. Les constellation défilent et défilent encore. Puis soudain, un nouveau flash m'éblouis et j'ouvre aussitôt les yeux.
Je me redresse sur mes coussins. Je me sens bien. César aussi, vient de sortir de sa torpeur.
-"C'est bizarre, je n'ai revécu aucun moment de notre aventure dans la Mine... C'est normal ?"
-"Ton subconscient a pris le devant de la scène et a laissé ton cerveau tranquille, il lui a laissé le temps de ranger tes émotions et les raccorder aux événements...et inversement... Tout est ordonné a présent !"
Je souffle et me relève. César me sourit.
-"Il est temps de rentrer chez toi, a présent ! Au fait, tu t'es bien défendu, dans les galeries..."
Je suis flatté.
-"Merci César! Merci aussi pour cette petite séance de... relaxation. Ça m'a fait énormément de bien."
-"Pour être franc, cette technique est emprunte aux Maîtres Siths..."
-"Comment ça?.."
-"Hé bien, c'est très simple...La plupart des personnes se concentrent souvent avant d'affronter une épreuve...Ils sollicitent donc tous leurs sens et mettent en éveil leur corps, leur cerveau... L’inconscient aussi, est sollicité, dans cette concentration...
 Il affrontent l'épreuve, puis ensuite, pour se détendre le corps et l'esprit, vaquent a toutes sortes de débauche, afin d'évacuer toute cette énergie, qu'on appelle généralement le stress..."
-"Oui, je vous suis..."
-"Cependant, pendant ce moment de relâchement, l’inconscient n'est pas convié 'a la fête', tu comprend? Il est mis de côté, presque inutile..."
Je reste médusé.
-"Vous pensez qu'il en 'veut' au reste du corps?.."
César rit.
-"Non, bien sûr... L'intention de l'inconscient est toujours positive...Cependant, à l'épreuve suivante, s'il y en a une, l’inconscient ne se dira pas: Je suis avec vous, avec toute Ma Force, car après cette épreuve, je sais que moi aussi, j'aurais ma récompense... Et nous ferons la fête tous ensembles!"
Là, c'est moi qui rit.
-"Vous avez l'air de donner beaucoup d'importance a l'inconscient..."
-"Bien sûr, reprend César, car c'est dans l'inconscient que se trouve la subtilité des sens que tu ne ressent pas, que tu ne vois pas et qui pourtant, existe. Et cette subtilité des sens peut faire toute la différence, dans une épreuve..."
Encore une fois, je reste stupéfait.
-"Pourquoi donc, dites-vous quelle est une technique des Maîtres Siths?"
Nous nous relevons des cousins.
-"Par ce qu'avec cette technique, comme je te l'ai dit, tu aura beaucoup moins peur d'affronter d'autres épreuves qui engendrerons d'autres épreuves... Ce qui pousse, évidement, l’apprenti a rechercher à dépasser les limites..."
-"Ok, dis-je, tout ce qu'un Jedi ne recherche point..."
César me sourit de nouveau, en posant sa main sur mon épaule.
-"Tu apprend vite!"
C'est vrai que j'ai les idées plus claires a présent. Cependant, en me remémorant la course-poursuite dans les galeries, une question m'interpelle subitement.
-"César, quelle est la destination de toutes ces marchandises, dans la Mine ?"
-"Les étoiles, bien sûr ! Mais nous verrons ça demain, si tu veux bien..."











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