1- Vive les vacances!

Le départ
    Cette année encore, je sors du garage a demi rassuré ; la révision de ma vieille Renault 21 ne m’a coûté « que » 350 euros: Un alternateur neuf plus quelques petites bricoles. Je n’ai pas dis au garagiste que je partais une fois de plus avec cette vieille carcasse au Portugal, mais il doit bien s’en douter.
C’est vrai que je prends un risque, mais après tout, ne vois ton pas aussi de nombreuse voitures récentes en panne, tout au long des 1400 kilomètres de routes que nous avons à parcourir ?
On se rassure comme on peut…
Un vieil oncle mécanicien, aujourd’hui  en retraite m’a toujours dit :
-"tant qu’il y a de l’eau et de l’huile ,ça roule ! "
Je sais quand même que sous le capot, se trouve tout un tas de mécanique qui chauffe, qui tourne et qui souffre et qui ne demande qu’à lâcher au mauvais moment…
Mon oncle, lui, a une superbe Mercedes, au fond de son garage… mais il a aussi une vieille 405 break, qui lui  sert à traîner dans les environs…
Le problème n’est pas de laisser la voiture au bord de la route, c’est surtout de transbahuter tout le bazar qu’on emporte chaque année. Et cette année, il faut que je la joue fine, car la 21 va traiter une remorque bien chargée : Tous les ans, je retape un bout de cette vieille maison de village que nous avons là bas . J’emporte donc perceuses, scie, tournevis et tout un tas d’outils afin d’avoir tout sous la main quand j’arrive.
Une maison laissée inoccupée toute une année a toutes les raisons de vous faire payer votre séjour : joint de robinet sec, serrures défectueuses, sans compter le bout de jardin qui a pris une allure de steppe africaine… Ce sera donc bricolage le matin, plage au lac de Macedo l’après midi et fête au village le soir . Vive les vacances !
    C’est la première année que nous ne partons que tous les deux, ma femme et moi : Les enfants ont trouvés des jobs d’été , afin de se faire un peu de d’argent de poche  pour leurs études. Et comme tout s’est décidé au dernier moment, c’est avec une petite appréhension qu’on leur a laissé la maison, le chien et tout un tas de surgelés qu’ils ne mangerons sûrement pas.
    On met bien 20 heures a parcourir les 1400 kilomètres qui nous séparent de notre lieu de vacances. Nous faisons de nombreuses haltes et le temps du trajet , j’engloutis facilement une thermos de café. On dors dans la voiture. Quand les enfants étaient petits, nous nous arrêtions dans des motels, en Espagne . Ma femme ne dormais pas de la nuit, de peur qu’on nous pique la voiture, garée juste devant la chambre. On s’est donc résolu a dormir sur la route.
   Les vieilles voitures ont l’avantage que l’on peut confortablement dormir dedans : Les sièges avants se couchent presque a l’horizontale tandis que les sièges arrière sont presque aussi grands que des canapés.
    Je connais peu l’ambiance des aéroports, mais j’aime beaucoup celle des aires d’autoroutes, la nuit ; le ronronnement des moteurs de camions qui se garent ou qui démarrent, les chauffeurs et passagers de toutes les régions et de tous pays, aux membres ankylosés, qui déambulent comme des zombies sur les parkings . Ces voyageurs qui dînent sur un bout de coffre de voiture ou qui dorment sur une simple couverture, parfois a même le bitume. Tout ce monde se croise dans la station,  au portes des toilettes, (souvent ragoutantes) avant de se réfugier dans leur habitacles respectifs afin de trouver quelques heures de sommeil.
    N’ayant pas les contraintes des locations, nous avons la chance de pouvoir partir en milieu de semaine et donc, d’éviter les traditionnels kilomètres de bouchons. Quand nous habitions paris, je me souviens avoir fait plus d’une fois demi tour juste avant de m’engager sur le périphérique.
    Sur la partie ouest de l’Espagne , la route est relativement monotone : chaleur, fatigue, cailloux et poteaux électriques. Presque le désert, en fait, dans le  genre des routes qui traversent le nouveau Mexique, avec les busards en moins…
    Enfin, le panneau bleu aux 13 étoiles nous signale que nous sommes bien passés au Portugal , car il n’y a à présent plus aucun point d’arrêt . l’autoroute file d’un pays à un autre, sans aucun signe ni état d’âme. Plus qu’une cinquantaine de kilomètres de petites routes sinueuses et nous sommes arrivés. Tant mieux ! comme d’habitude, je sens comme un  clou dans ma fesse droite, à force d’appuyer toujours avec le même pied sur le champignon.
Il est midi. On gare la voiture devant la maison et on décharge le strict nécessaire.
Après un rapide tour d’inspection des lieux, je m’affale sur le lit, non sans avoir vérifié qu’il n’a été occupé par une quelconque bestiole, tandis que ma femme est déjà partie saluer les voisines…


   

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